L'amour, et les forêts mystiques

C'était une soirée exceptionnelle à laquelle le public a assisté samedi dernier à l'Athénée, un spectacle de musique contemporaine et mystique, offert par l'ensemble le Balcon, décidément un des plus stimulants dans le paysage actuel.Un des points d'orgue du festival organisé par Le Balcon qui se poursuit jusqu'au 30 mars.
Par Oriane Jeancourt Galignani
le Mercredi 27 Mars 2019

SOIREE MYSTIQUEEn préambule de la soirée, le jeune chef de l'orchestre du Balcon, Maxime Pascal, debout sur la scène de l'Athénée, citait Olivier Messiaen : « il n'y a pas d'oeuvre d'art sans sentiment amoureux, ou religieux ». La suite de la soirée illustra avec force, et audace cette entrée en matière. Le Balcon célèbre cette année ses dix ans d'existence et, pour l'occasion, a organisé un festival aux couleurs de leur passion pour la musique contemporaine. Nouvelle manière de célébrer ici, à l'Athénée, place forte de la musique contemporaine, la création musicale d'aujourd'hui. 

Cet intérêt du Balcon frappe depuis plusieurs années, notamment par leur travail autour du cycle opératique Licht de Stockhausen. Mais dans ce festival à l'Athénée, ils affirment la pluralité de leur voie. Ils montent d'une part Wolfgang Rihm, l'une de ses premières oeuvres, le superbe Lenz, avec une scénographie et des vidéos de Nieto, mettant en valeur la puissance de l'inconscient qui s'exprime dans le texte de Büchner. D'autre part, ils rappellent leur compagnonnage avec Michaël Lévinas, dont a été projetée La Métamorphose,  et plus largement leur intérêt pour ce qu'ils nomment eux-mêmes « la musique mystique ». Qu'entendre par « mystique » en 2019 ? Pas de table qui tourne, ou d'invocation d'esprit, mais une mystique au sens premier, et étymologique, qui place le mystère au coeur de son approche. 

En ouverture, Wagner. Avec délicatesse, le Balcon a choisi de présenter l'Idylle de Siegfried ( 1870), dans sa première version, ressérée, pour petit orchestre. Wagner la composait pour l'anniversaire de Cosima, les trente-trois ans de sa jeune épouse, mère de leur fils, Siegfried. Ce n'est que plus tard, qu'il replacera ce « poème symphonique » dans l'opéra Siegfried. Mais ainsi présenté dans sa version intime, le poème retrouvait sa dimension portée par l'espoir, et la magnificence du sentiment amoureux. Lui succédait un travail en cours, L'Agneau mystique, INNUBA de deux Colombiens, Marco Suarez-Cifuentes et Nieto à la mise en scène, fidèle compagnon du Balcon dont les vidéos ont l'art de jouer avec le trouble, et le  symbolisme. Très théâtral, le spectacle ne convoquait que deux interprètes sur scène, Iris Zerdoud au cor de basset, et le jeune Clovis Montes de Oca, adolescent, à la trompette. La scénographie et la musique promettent beaucoup, dans une inspiration très marquée par Stockhausen. Enfin, le Balcon a présenté le superbe Bhakti  (1982) de Jonathan Harvey. Pièce rarement jouée, le Balcon dût attendre dix ans pour la monter. Bhakti est une composition extrêmement sophistiquée, inspirée de l'hindouisme, chaque mouvement interprétant un Véda, nous apprenait le livret. La pièce s'organise sur un dialogue entre musique électronique et instrumentale, ne cherchant pas la confusion des deux, mais une véritable symétrie musicale.  Est-ce l'empreinte védique, ou la voie tracée entre technique et tradition, je ne sais, mais un nuancier fort, une énergie réflexive se dégageaient de cette pièce. Sans doute aussi une relecture de la musique d'église que Harvey connaissait très bien, ayant lui-même été longtemps organiste. Bref, cette soirée se clôturait sur la promesse du Balcon et d'Harvey de nous mener dans les forêts d'une sp iritualité délicate, et surprenante.  

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