Génération Keersmaeker

Invitée d'honneur du festival d'Automne, Anne Teresa de Keersmaeker s'est installée le weekend dernier au CND de Pantin. Mais elle n'est pas venue seule : par le biais du programme La Fabrique, la chorégraphe a laissé la scène aux danseurs de son école P.A.R.T.S, le temps de 45 solos. Un exercice saisissant.
Par Henri Guette
le Jeudi 11 Octobre 2018

generationIls ont entre 3 et 5 minutes pour capter l'attention, se faire remarquer et tous les moyens sont bons. Dans l'atrium du bâtiment brutaliste, on n'arrête pas le passage. Il faut pour les interprètes et chorégraphes rivaliser d'inventivité pour dès l'entrée attirer l'oeil. Le signal est donné lorsqu'un funambule en habit bleu se lance sur la rambarde de l'escalier. Les performances se succèdent en continu et en simultané ; on attrape un geste ici, un autre là, dans une impression générale d'effervescence. Les trois plateaux ne peuvent être embrassés d'un même regard et si à la fin du cycle certains reprennent leurs solos en changeant de places, on ne peut avoir un panorama exact de cette première promotion de P.AR.T.S. Les 45 danseurs viennent des quatre coins du monde, de Corée du Sud et du Brésil, du Sénégal ou de Lituanie par exemple. Leurs sensibilités différentes se révèlent par des détails qui tiennent à une façon de bouger autant qu'à des vêtements, un début de costume. Comme face à un éclaté de la création contemporaine, on peut y appréhender aussi bien des approches techniques que conceptuelles, une influence du théâtre ou de la littérature, du cirque ou de l'art contemporain.

Si certains étudiants d'Anne Teresa de Keersmaeker intègrent sa compagnie et font partie de ses spectacles, il ne faut pas confondre formation à formatage. En cela, 45 solos tient du manifeste. Et donc d'un exercice de style complexe et exigeant. Concevoir une pièce signature aussi courte peut avoir quelque chose de paralysant, comme l'avoue cette danseuse qui ne sait pas comment commencer et, d'un pas de côté, choisit de parler et de mettre en scène ses hésitations. Sans accessoires et en plein feu, la prise de risque est totale et prend pour certains qui revendiquent une approche autobiographique la forme d'une mise à nu. Un danseur partage ainsi son carnet de notes chorégraphiques où il reprend tout aussi bien les mouvements d'un clip, la démarche d'un mannequin sur un podium que son attitude face à son père lors d'un dernier tête à tête. Sensibles ou burlesques, ces propositions très personnelles sont toutes le fruit de recherches, plus ou moins abouties. 

Le paradoxe de ces 45 solos est qu'ils ne nous permettent pas d'identifier un danseur, de mettre des noms sur ce que l'on voit. L'enchaînement des propositions, s'il nous renvoie à la vitalité d'une scène chorégraphique actuelle, s'apparente aussi à la recherche de la performance comme le souligne malicieusement une danseuse en survêtement qui mime des mouvements sportifs tous plus spectaculaires les uns que les autres. Les 45 danseurs chacun à leur univers, à leurs cris intérieurs, participent d'un même élan collectif, en manifestant la même urgence à entrer en scène.

 

45 Solos

Vu le 7 octobre 2018 au CND de Pantin 

Direction des répétitions

Salva Sanchis, Manon Santkin et Sandy Williams

Par et avec les étudiants de P.A.R.T.S.,

Maureen Bator, Cassandre Cantillon, Calvin Carrier, Wai Lok Chan, Robson De Sousa Ledesma, Aminata Diallo, Gustavo Dos Santos Vieira, Synne Enoksen, Papa Ibrahima Faye, José Fernandez Ruiz, Némo Flouret, Rafaël Galdino Dos Santos, Jonas Gineika, Rita Gouveia Alvesl, Tessa Hall, Hanako Hayakawa, Thomas Higginson, Mei-Ning Huang, Cheyenne Illegems, Keren Kraizer, Georges Labbat, Hyeonseok Lee, Eimi Leggett, Ivan Lucadamo, Margarida Marques Ramalhete, Lydia McGlinchey, Audrey Merilus, Mariana De Oliveira Silva, Vasco Mirine, Fouad Nafili, Azusa Namba, Timothy Nouzak, Stanley Ollivier, Alban Ovanessian, Jean-Baptiste Portier, Carolina Pinho Ferreira, Luis Ramires Munoz, Myriam Rosser Gomez, Julia Rubies Subiros, Cintia Sebök, Joshua Serafin, Judith Van Oeckel, Mooni Van Tichel, Mamadou Wague

 

Retour | Haut de page | Imprimer cette page