Festival d'Avignon : Meng Jinghui, le divin scandale

La Maison de thé est un spectacle exceptionnel qui marquera l'histoire du festival d'Avignon. Et tant mieux s'il a été en partie mal accueilli. Le retour d'un théâtre qui divise.
Par Oriane Jeancourt Galignani
le Lundi 15 Juillet 2019

maison de the
C'est une leçon de théâtre que donne Meng Jinghui à Avignon avec sa Maison de thé : le rappel de ce que peut une énergie dramatique lorsqu'elle est débridée, électrifiée, libérée de tout carcan. Un souffle neuf aussi, hors des modes européennes qui dominent les scènes. Un souffle qui en a désarçonné beaucoup, et on ne peut que s'en réjouir. Car à quoi sert le festival d'Avignon, sinon à lancer dans le jeu de quilles quelque boule incontrôlable, comme Meng Jinghui ? N'en déplaise à ceux qui croient que les vidéos de neuf heures constituent la seule avant-garde possible, ce théâtre de Ming Jinghui offre de vraies nouvelles perspectives au théâtre contemporain. 

Ce metteur en scène chinois qui tourne dans le monde entier, mais demeure méconnu ici, signe un spectacle qui oscille, comme la roue métallique géante sur scène, entre un texte classique, de Lao She, des citations libres de Brecht et Shakespeare, des scènes grotesques et ubuesques célébrant le Mac Donald, des choeurs d'hommage à Michael Jackson ou au Coca-Cola, des images virtuelles, et des vidéos live. Ainsi de cette scène où la poésie est dite sur un tableau virtuel de trois squelettes qui se regardent, et nous regardent. Où sommes-nous, dans la fameuse scène d'Hamlet au cimetière, dans le cauchemar d'un jeu vidéo, dans un tableau de Bacon ?  Au spectateur de faire son choix. Ce spectacle nous laisse entièrement libre, et on savoure cette liberté, tant elle se réduit dans les spectacles présentés autour de Meng Jinghui, flirtant quelquefois avec le prêt-à-penser. Mais cette scène de squelettes n'en est qu'une parmi d'autres inventions, idées scéniques, chants en chinois et anglais. « Débauche d'artifices » dénoncèrent ceux qui, un certain nombre, ont quitté la salle au cours des trois heures du spectacle à l'Opéra Confluence. Boursouflé, incompréhensible, excessif, ont pu ajouter les critiques au diapason de ces spectateurs déçus. Il y avait dans cette salle de spectacle une ambiance de colère qui  rappelait les sièges claqués d'une époque où le théâtre scandalisait encore à Avignon et ailleurs. Oui, La Maison de thé est un scandale. Non pas moral, il est impossible aujourd'hui de choquer qui que ce soit. Mais un scandale esthétique. Il n'y a aucun mantra politique à reprendre en tapant des mains, il n'y a aucune explication de texte. L'un des acteurs prend même la salle à témoins au mi-temps du spectacle : « vous ne comprenez rien ? Mais moi non plus ». Le propre de ce baroque signé Meng Jinghui, qui doit autant à Shakespeare qu'à l'art numérique, chorégraphique, rock, est d'offrir une dérive, un onirisme servi par une troupe d'acteurs au jeu multiple, virtuose.  

La Maison de thé rappelle ce que peut le théâtre, de fureur, d'excès, et d'invention. Ce que le théâtre peut nous annoncer de l'avant-garde. Meng Jinghui nous fait entrer des deux pieds dans le XXIe siècle. 

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