Emanuel Gat, quand la danse prend la parole

Avec Works à Chaillot, le chorégraphe israélien Emanuel Gat affine et prolonge un travail subtil et singulier dans la danse contemporaine. A voir jusqu'au 11 janvier.
Par Oriane Jeancourt Galignani
le Jeudi 09 Janvier 2020

worksEmanuel Gat est un chorégraphe à la poursuite d'un langage. Et rarement cette recherche n'est apparue de manière aussi saillante que dans ce Works, présenté à Chaillot pour quelques jours. Works se construit autour de plusieurs moments, succession de riches fragments qui s'opposent, se réinventent, au gré de Bach, Nina Simone, Irving Berlin. Le principe même est cette opposition de moments que rien ne les relie, sinon la virtuosité des danseurs. Car il y a bien à certains moments virtuosité,  des corps, sauts superbes, enchaînements rares, des voix, puisqu'il y a une des oeuvres, des « works » qui est chantée, mais aussi des formes qui se dessinent sur scène, tant Emanuel Gat construit différents moments singuliers.  Et l'on reconnaît le goût des vastes compositions ambitieuses que le chorégraphe illustrait au mieux dans Story Water, présenté dans la cour d'honneur du Festival d'Avignon, en 2018 . Une maîtrise qui n'exclut pas la jouissance : Works semble avant tout une piste de jeu offert aux danseurs, ici la compagnie du chorégraphe, Emanuel Gat Dance,  à son sommet, de beauté et de jouissance. L'enjeu était d'autant plus important pour ces dix jeunes danseurs que Works fut d'abord conçu il y a deux ans pour vingt interprètes, le Ballet de Lorraine et la compagnie de Gat, puis repensée ainsi, non dans une petite forme, mais dans cette structure faussement libre, extrêmement chorégraphiée, qui leur impose un rythme fou. 

S'ouvrant sur Strauss, le lieder « im abendrot », et se terminant sur Sinnerman de Nina Simone, deux compositions de groupe, Works passe donc de l'extase à la frénésie. Et Gat, maîtrisant les codes de la danse,  ne s'interdit rien, ni de présenter un danseur en robe de danseuse, ni d'organiser des portées, d'hommes ou de femmes, jusqu'à la présentation d'une danseuse en grand écart, qui frôle l'acrobatie, ni de donner le micro à chacun de ses danseurs pour des vocalises qui frôlent le rap. La liberté du chorégraphe se révèle la grande force de ce spectacle, qui joue à ne pas suivre l'histoire de la danse, mais au contraire, à en mêler les canons et les références, dans une rhapsodie maîtrisée de bout en bout. Et il nous rappelle que la danse peut être l'art le plus charnel, et le plus abstrait qui soient. 

Works, Emanuel Gat, et l'Emanuel Gat Dance Company, jusqu'au 11 janvier au Théâtre National de Chaillot


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