Diptyque américain

Shock Corridor, d'après le film de Samuel Fuller, mise en scène Mathieu BauerWestern, librement inspiré du roman La Chevauchée des bannis de Lee Wells.
Par Caroline Châtelet
le Mardi 18 Septembre 2018

nuit américaine

au Nouveau théâtre de Montreuil

Shock Corridor, d'après le film de Samuel Fuller, mise en scène Mathieu Bauer,
du 21 au 28 septembre. 

Western, librement inspiré du roman La Chevauchée des bannisde Lee Wells ,
du 5 au 13 octobre.

Une nuit américaine, diptyque,
du 18 au 26 octobre 2018.


 

Mathieu Bauer imagine avec la transposition de deux films au théâtre une Nuit américaine, promesse d'une soirée explorant l'illusion. 
Reprenant Shock Corridor d'après le film de Samuel Fuller (1963), Mathieu Bauer crée Western, librement inspiré du roman La Chevauchée des bannis de Lee Wells. Joués indépendamment ou réunis en une Nuit américaine ponctuée d'attractions, ces spectacles, interprétés par la même équipe d'acteurs, jouent aussi avec le principe du film de Truffaut du tournage infini. L'occasion pour le metteur en scène, musicien et directeur du Nouveau théâtre de Montreuil de continuer à explorer « la question de la transposition de la grammaire cinématographique à l'endroit du théâtre. » 

 Que déplie ces deux spectacles ?

Concernant Shock Corridor, le sujet résonne avec l'actualité. Il est étonnant de voir comment les névroses qui se sont emparées des États-Unis dans les années 60, liées au racisme latent, à la bombe atomique, au conflit en Corée, etc. et constituant le sujet du film de Fuller, sont, sous une autre forme, encore présentes aujourd'hui. Pour La Chevauchée des bannis, ce western raconte l'histoire des États-Unis. Il donne à entendre sur quels mythes ce pays s'est construit – qu'il s'agisse de la question de l'individu, de la justice, des grands espaces. Les États-Unis ont eu besoin de s'inventer une histoire et cela est beaucoup passé par le cinéma de genre et le western. Quatre-vingts ans plus tard, cette superpuissance mondiale est en prise avec ses propres névroses, et les spectacles permettent de traverser cette histoire-là. 

L'adaptation d'un western a-t-elle révélé des difficultés que vous ne soupçonniez pas ?

Non. Nous avons tous joué enfant aux cow-boys et aux indiens, et s'emparer d'un western génère un rapport enfantin avec des possibilités de jeu jubilatoires. Certes ce sont un scénario et un roman, mais le travail sur le texte est classique, dans le sens où les enjeux politiques et historiques dépassent le cadre de la narration. La transposition sur scène nous amène à du jeu pur, ce qui demande aux spectateurs d'accepter la convention théâtrale. C'est la magie du théâtre, qui demeure un art pauvre, et même si nous disposons de plus en plus de technologies, à un moment donné ce sont les comédiens qui donnent « l'illusion de ».

Bertrand Tavernier dit : « Samuel Fuller est un lyrique. » Votre théâtre l'est-il ?

Je crois. J'ai toujours eu cela ancré en moi. C'est de l'ordre de l'indicible, mais si je vais au théâtre depuis l'âge de dix ans, j'ai le sentiment que ma culture est plus musicale et cinématographique. À un moment donné, quand tout a été dit, la musique peut commencer, dans une forme de lyrisme – dont je me méfie aussi. Mais il y a dans mon travail quelque chose de l'ordre du lyrisme, de la générosité, de l'énergie, du chant-contrechant. Ces lexiques appartiennent aux mondes du cinéma et de la musique et le théâtre est le lieu où je les réunis, en opérant du montage.

www.nouveau-theatre-montreuil.com

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