Dans la chambre obscure

C'est un rêve d'images et de musique destiné à la jeunesse que ce Stereoptik,signé Romain Bermond et Jean-Baptiste Maillet, qui célèbrent par la reprise de ce spectacle au Théâtre de la Ville, les dix ans de leur compagnie, avant une création l'année prochaine.
Par Oriane Jeancourt Galignani
le Lundi 01 Octobre 2018

stéreoptik
Une main qui apparaît à l'image, des traits qui s'ébauchent sous nos yeux, un dessin de fusain, de peinture, de sable, sur une musique d'électro-jazz. L'enfant à côté de moi murmure c'est une ville, c'est une femme, c'est la lune, ce sont des extra-terrestres...De l'autre côté de la scène, l'homme-orchestre passe du clavier à la guitare, de l'harmonica au bruitage, pour faire naître ce ciné-concert si singulier.

L'enfant à côté de moi suit les dessins qui s'ébauchent à l'écran par l'art de Jean-Baptiste Maillet, avec une ferveur digne d'un film à suspens. Et quoi ? Quel est le secret de ce spectacle qui hypnotise les enfants une heure durant ? De ce Stereoptik, qui par ce nom, avoue son désir de retenir les yeux, et les oreilles de son public ? 

Le secret est justement de révéler le secret. Et y-a-t-il quelque-chose de plus désirable pour les enfants que de connaitre un secret ? Stereoptik les fait pénétrer dans la pièce jusque là interdite : la chambre obscure de la création. Les enfants ne sont pas spectateurs, ils sont invités à suivre le film en train de se créer. Ces dessins deviennent peu à peu des planches pour un film d'animation qui prend vie sous leurs yeux. Une chanteuse de jazz est enlevée par des extra-terrestres, en est-elle si malheureuse ? Le spectacle joue avec les genres, nous sommes tour à tour dans la ligne de Matisse, les « bing » et « bang » des super-héros de Marvel, la simplicité enfantine d'un dessin au crayon, la grâce éphémère de visages dans le sable. Ne nous y trompons pas, il y a une maestria à alterner ainsi techniques, et rythmes, à sans cesse surprendre le spectateur, à lui faire suivre ce récit poétique et burlesque, sans qu'un mot ne soit prononcé. 

Il y a une grâce dans ce retour aux gestes de l'illusionniste qui se place parmi les enfants, tournant la manivelle d'un rêve qui est le sien.

Nul doute, que le spectre de George Méliès plane sur ce travail que mènent depuis dix ans les deux artistes, et qu'ils poursuivent, en résidence au Théâtre de la Ville, où ils présenteront une création l'année prochaine. Un hommage au premier cinéma de l'illusion, et de la prestidigitation qui réaffirme ce lien premier de la scène et de l'image, émerveillement pour les enfants, et les adultes, et de nouveau si présent, et si actif dans le théâtre contemporain.

Stereoptik,jusqu'au 7 octobre à l'Espace Cardin. 
Plus d'informations, sur https://www.theatredelaville-paris.com/fr

Retour | Haut de page | Imprimer cette page