Claude Vivier, ange dans la nuit

Kopernikusmis en scène par Peter Sellars nous permet d'entendre, comme rarement, la puissance poétique du compositeur contemporain Claude Vivier. Et le baryton Dashon Burton y rayonne.
Par Oriane Jeancourt Galignani
le Jeudi 06 Décembre 2018

kopernicus

Photo Vincent Pontet

 Kopernikus mis en scène par Peter Sellars nous permet d'entendre, comme rarement, la puissance poétique du compositeur contemporain Claude Vivier. Et le baryton Dashon Burton y rayonne.  

Une assemblée de chanteurs et musiciens en blanc, sur scène, autour d'un homme allongé. Une veillée mortuaire ? Peut-être. Mais une veillée qui fera du deuil, le lieu de la résurrection. Kopernicus est un chant d'éveil, tel que Peter Sellars les réenchante par ses mises en scènes épurées et lumineuses, tournées vers les spiritualités indienne et japonaise, comme la musique de Claude Vivier. Face à cet opéra, on ne peut s'empêcher de penser à Only the sound remains, l'opéra de Kaija Saariaho que Sellars présentait il y a un an à Garnier. Mêmes présences spectrales, lumineuses, de chanteurs qui invoquent la vie au-delà de la mort. Sellars a aussi le don de bien s'entourer. Là où à Garnier, l'opéra renaissait par le chant de Jaroussky, c'est ici au chanteur Dashon Burton que l'on doit la féérie. Le baryton américain porte la musique de Vivier, sa puissance et sa grâce, avec une évidence inouïe. 

Kopernikus s'ouvre sur des vers de Lewis Carroll, dit par une actrice dont seul le visage nous est livré, en gros plan, dans une télévision posée sur scène. Infime parole qui s'élève pour nous faire passer de l'autre côté du miroir. La musique de Vivier achèvera de nous placer dans l'état second du rêve, et de l'invocation mystique. Dashon Burton nous mène par sa superbe interprétation sur cette voie de l'abandon. Rarement le lien entre musique religieuse et contemporaine a été si finement exploité. Car après le poème, les murmures de l'ensemble vocal présent sur scène, mêlant sopranos, mezzo-soprano, baryton, semblent des chants grégoriens, orchestrés par les gestes des chanteurs, puis de l'homme mort, revenu à la vie. Comme Stockhausen, son aîné qui l'a formé à Cologne dans les années 70, Vivier fait de la musique contemporaine, le lieu des murmures des premiers temps, du jeu, et du babil. La chorégraphie, et les échos entre cuivres et chanteurs, rappellent aussi la méthode des opéras de Stockhausen. Si ce n'est que Vivier compose Kopernicus en 1980, au même moment où Stockhausen entame sa série d'opéras Licht.Il y a donc une profonde singularité dans cet opéra sans récit, fondé sur une succession de tableaux où se croisent Merlin, la Reine de la nuit, et des esprits protecteurs empruntés aux légendes. Les paroles de l'opéra balancent du français, langue maternelle du canadien Vivier, à un langage insaisissable, proche en effet des premiers mots du jeune enfant. Ce qui a pu faire dire au compositeur, « je suis, et je serais tout le temps, immortellement ou éternellement, un enfant ».  

Vivier, très marqué par le catholicisme de son enfance ouvrière, puise surtout sa poétique, il le dit dans ses notes de programme de l'époque, dans une idée précise et mystique de la musique, qui permettrait « d'organiser des révélations dont les prêtres sont les interprètes et dont le compositeur est le médium ». Claude Vivier n'aura pas eu le temps de composer l'ensemble des opéras dont il rêvait : il fut assassiné à Paris, en raison de son homosexualité, en 1983.

Trente-cinq ans plus tard, Peter Sellars a accompli ce que désirait Vivier : Kopernicus est une invocation à une nouvelle forme de sensibilité, et de paix intérieure. 

Kopernicus, Claude Vivier/Peter Sellars. Du 4 au 8 décembre à l'Espace Cardin, du 11 au 13 décembre au Théâtre du Capitole à Toulouse, et du 17 au 19 décembre au Nouveau Théâtre de Montreuil.(dans le cadre du Festival d'Automne)

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