“ Ce sont des expériences collectives, plus que des spectacles"

A la tête du festival Concordan(s)e, Jean-François Munnier aime provoquer la rencontre entre des écrivains et des chorégraphes. Cette 13ème édition de Concordan(s)e confirme la spécificité d'un festival qui se veut aussi laboratoire de formes
Par Henri Guette
le Mercredi 20 Février 2019

sceneAu programme de cette année, Joanne Leighton rencontre Camille Laurens, Denis Lachaud Amala Dianor, parmi d'autres, comment constituez vous les binômes sur lesquels repose ce festival de création? 

Tout est parti d'un club de lecture, le salon des indiscrets, que j'avais monté avec des bibliothécaires, des libraires, des auteurs. Nous voulions ensemble rapprocher les deux domaines et avions commencé par choisir des auteurs plutôt jeunes, concernés par le rythme et à l'aise avec le public, du moins pas tétanisés par l'idée de s'exprimer sur une scène.  Personnellement je commence par choisir les chorégraphes et il s'agit ensuite de trouver un point pour les réunir qui est le plus souvent une intuition. Il arrive parfois que le point de rapprochement ne soit pas celui que l'on avait imaginé. Nous essayons de part et d'autre d'être curieux et de favoriser l'émergence mais n'hésitons pas à solliciter aussi des créateurs plus confirmés si nous sentons que l'expérience peut leur apporter quelque chose.  Il nous importe surtout de montrer une diversité d'esthétiques, un panorama de la création contemporaine. Nous prenons le risque de désorienter les publics en bousculant les codes mais c'est pour mieux élargir les horizons. En travaillant avec des lieux très divers et en incluant les universités et bibliothèques nous attirons une audience plus large et même familiale. 

L'une des spécificités de Concordan(s)e est d'accompagner des spectacles sur la durée, de la production à la diffusion, de la création à la reprise en allant jusqu'à l'édition. D'où vient ce choix ? 

A l'origine du festival et de cet intérêt pour l'écriture, il y a je crois la question de la trace. Dans la question de la durée de vie d'un spectacle est une vrai problématique tant artistique qu'économique. Je voulais proposer des créations qui s'inscrivent sur une autre temporalité avec des spectacles repris sur deux ou trois ans et des créations que des textes pourraient venir entourer dans des livres, comme ceux que nous éditons avec L'Oeil d'or. Le festival n'est de fait que la face visible d'un projet qui se mène à l'année où l'on recherche des partenaires et des lieux de diffusions comme les Instituts français. Nous voulons déclencher de nouvelles envies, et offrir aux artistes le temps de la recherche et du questionnement. Maud Le Pladec avait ainsi l'envie de travailler le texte sans l'avoir jamais développé quand nous l'avons contacté en 2017. Pour les écrivains la rencontre est aussi significative puisqu'elle leur apporte une nouvelle approche et conscience du corps et peut même développer chez eux un goût pour la scène et des formes qui sortent du livre. 

Vous présentez des spectacles dans des lieux inhabituels et dans des formats courts. Pouvez-vous revenir pour nous sur les conditions et contraintes que vous proposez aux artistes ? 

Nous leur proposons en effet de travailler pendant un mois sur une forme de 30 minutes maximum. Pour des raisons de diffusion mais plus encore pour rendre l'exercice abordable à des auteurs qui n'ont jamais fait de scène. Je préfère parler d'expérience collective plutôt que de spectacle puisqu'il n'est ni question d'un travail de costumes, de lumière ou même de décor. L'espace est relativement restreint, un carré de 6 mètres par 6 mais il suffit pour poser en d'autres termes la rencontre avec le spectateur comme Charles Robinson et Franck Micheletti  l'ont fort bien montrer en allant jusque dans des camps de vacances pour défendre leur création. D'une certaine manière la commande et le cahier des charges libèrent les artistes et leur permet surtout d'entamer des collaborations qui peuvent se poursuivre, comme c'est actuellement le cas et cette fois sur un spectacle, entre Violaine Schwartz et Thomas Clerc. Nous accompagnons les artistes dans ce laboratoire de A à Z mais c'est ensuite à eux de poursuivre !

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