Barbe Bleue et blues féminin

Au cours de ces derniers jours du festival Impatience, la compagnie Juste avant la compagnie nous présente Les Femmes de Barbe Bleue. Portée par sa metteure en scène Lisa Guez, la pièce sera, en mars et mai 2020, en tournée dans le nord (Lille Beaumont et Lomme) pour cinq dates avant de faire halte au théâtre des Carmes lors du festival d'Avignon. Un récit entre désir et cruauté, résolument actuel.
Par Pauline Gabinari
le Mardi 17 Décembre 2019

capture  Les Femmes de Barbe Bleue nous propose une réflexion sur l'emprise assumant avec audace contradictions et zones d'incertitude. Elle prend ainsi à revers l'obsession contemporaine du cadre et de l'étiquette qui impose trop souvent une vision binaire des situations. Huis clos à mi-chemin entre le cabinet sordide et le purgatoire, Les Femmes de Barbe Bleue est née d'une écriture de plateaux. C'est l'expression intime de cinq comédiennes nous précise Lisa Guez lors d'un entretien : “Ce n'est pas leur histoire à elle mais leur vie imaginaire et la manifestation de leur univers psychique". Bien loin du conte de Charles Perrault, la pièce ne porte pas sur la monstruosité de cet ogre barbu mais sur le désir féminin : “Le sujet c'est elles, leurs désirs troubles et leurs emprises". Tout semble se jouer dans cette ambiguïté entre fascination et répulsion que l'on retrouve à travers la couleur bleue présente dans chacun des costumes des comédiennes. Selon Lisa Guez, cette couleur est parfaitement représentative de l'ambivalence de l'emprise dont fait preuve le tyran :  “C'est une couleur morte, froide et en même temps, le bleu t'aspire, il y a quelque chose d'absolu dans lequel tu plonges et dans lequel tu ne sais pas si tu vas pouvoir ressortir." En portant cette couleur jusque dans leur mort, les cinq défuntes prouvent que les relations de domination sont soumises à une complexité hors normes, étrange et difficilement surmontable. 

   À l'orée d'une lutte entre hommes et femmes sans merci Les Femmes de Barbe Bleue s'inscrit dans un théâtre de réflexion qui puise sa force dans la démantèlement des codes sociétaux. “On est abreuvé de fantasmes féminins de soumission et, parfois, c'est difficile de comprendre pourquoi tu vas avoir un fantasme de soumission alors que tu rejettes totalement ça." Même si morte et assassinée, la femme n'est pas seulement vue comme une victime. Valentine, la dernière épouse à avoir été tuée, insiste par exemple plusieurs fois pour entrer dans la maison de Barbe Bleue, “c'est elle qui frappe à sa porte". Elle finit même par se cacher nue dans son placard afin de le séduire. Pour Lisa “il y a un moment où on accepte de jouer les partitions". L'enjeu réside alors dans la déconstruction : Pourquoi n'ont-elles pas pu dire “non" ? Les Femmes de Barbe Bleue, une pièce à voir et à penser pour mieux comprendre ces zones grises reléguées aux frontières de notre réflexion. 

Retour | Haut de page | Imprimer cette page