Au royaume de Fau

Le Postillon de Lonjumeau triomphe à l'opéra Comique, dans une mise en scène de Michel Fau et une distribution éclatantes. Le chanteur Michael Spyres s'y révèle un grand comédien.
Par Oriane Jeancourt Galignani
le Mardi 02 Avril 2019

postillonDR Stefan Brion

Si l'on reconnaît un écrivain de talent à sa première phrase, un metteur en scène signe son opéra à la première image. Le Postillon de Lonjumeau  annonce dès l'ouverture de rideau la verve, la folie que Michel Fau offre au public : une pièce-montée humaine, composée des choeurs et du couple costumés de rose, de bleu électrique, de jaune poussin, un éclatement bariolé et acidulé qui sature la scène.  Où sommes-nous ? A mi-chemin des Demoiselles de Rochefort et d'une Apothéose de Tiepolo, dans le monde rose du kitsch et du rococo, nous sommes chez Michel Fau. Le thème du jour, les noces joyeuses. Mais le bonheur s'avère de très courte durée, l'intrigue se noue dans ce mariage entre l'inoubliable Chapelou, et la candide Madeleine, qui seront bientôt séparés : l'un envoyé à la cour de Louis XV grâce à sa voix exceptionnelle, et son art unique du contre-ré, l'autre, abandonnée à Lonjumeau, mais pas pour longtemps. Fantaisie d'Adolphe Adam composée en 1836 sur la vengeance des femmes et l'inconstance des hommes, ce Postillon de Lonjumeau  n'est pas sans rappeler dans son intrigue, placée par Adam au XVIIIe siècle, le Barbier de Séville : Chapelou a de Figaro le pragmatisme, la raillerie des puissants et la désinvolture. Mais le Postillon demeure un opéra-comique, et s'ancre dans une théâtralité burlesque et une musique de chansons qu'assument avec brio les chanteurs. 

Le burlesque de Spyres

La jeune soprano Florie Valiquette, endosse d'une certaine manière deux rôles, la fille des faubourgs de Lonjumeau devient dame de la cour dans un second temps, et excelle peu à peu dans ce double-jeu, que ce soit dans ses postures, populaire ou aristocratique, ou dans son chant.  Tout comme Franck Leguérinel, marquis apprêté et précieux qui à lui seul résume ce que Michel Fau a voulu faire de cet opéra-comique, une farce folle et tapageuse. Leguérinel, véritable acteur sur scène, digne de la Commedia dell arte, apporte de précieux intermèdes drolatiques à l'intrigue. Mais c'est bien sûr l'américain Michael Spyres, en Chapelou, qui porte l'oeuvre de bout en bout. Par son chant, inouï, et qu'il mène dans un français parfait, il réaffirme sa maîtrise du répertoire français qu'il a déjà chanté à plusieurs reprises sur cette même scène, notamment Gounod l'année dernière, rôle à l'opposé de celui-ci, de La Nonne sanglante. Donc, si on réentend avec émerveillement la voix et la force de Spyres, on lui découvre un talent comique, un jeu du corps burlesque insoupçonné. Il faut le voir, au dernier acte, en chanteur d'opéra de la cour, ailes d'angelot dans le dos, et costume doré, feindre de ne plus avoir de voix, pour ne pas chanter pour le marquis. Mise en abyme parodique du chanteur qui surjoue la fragilité que Spyres incarne comme un très grand comédien comique. Michel Fau, qui dans un long entretien qu'il nous a donné il y a quelques semaines, nous disait son immense admiration pour les chanteurs d'opéra, a offert à Michael Spyres,  avec le directeur musical Sébastien Rouland, les clés d'un jeu théâtral fondé sur le corps, travaillé au détail, qui lui permet d'éclater sur scène, et de transmettre au public une joie inédite. Car Le Postillon de Lonjumeau est une farce virtuose qui nous mène vers un dénouement merveilleusement immoral. Il nous est promis que survivra de cette affaire une seule chose, le plaisir du chant. 

 

Le Postillon de Lonjumeau, Opéra-comique en trois actes d'Adolphe Adam. Direction musicale Sébastien Rouland.
Mise en scène. Michel Fau.
Avec Michael Spyres, Florie Valiquette....Jusqu'au 7 avril à l'opéra Comique. 

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