Venise, jour 5

L'infini drolatique d'Andersson
Par Jean-Christophe Ferrari
le Mercredi 04 Septembre 2019

about endlessness
Dernier jour à la Mostra. Dernier matin à suivre du regard les sillons lumineux creusés par le vaporetto entre San Zaccaria et le Lido. Mais trêve de sentimentalisme, il y a aujourd'hui deux évènements d'importance. D'abord un lion d'or d'honneur est attribué à Julie Andrews pour l'ensemble de sa carrière.  Ses admirateurs l'attendent, pour la plupart vêtus de tee-shirts Mary Poppins. Je l'ai déjà dit, quand j'évoquais il y a quelques jours, la venue de Meryl Streep, les fans et leur choix de tee-shirt, ça me dépasse...
Ensuite, le retour à Venise du cinéaste suédois Roy Andersson (Chansons du deuxième étage) après le lion d'or obtenu en 2014 avec Un pigeon perché sur une branche philosophait sur l'existence. Le film s'appelle About Endlessness. Il est constitué de courts tableaux vivants qui évoquent la condition humaine. On admire la précision du trait et la faculté d'Andersson à être à la fois tendre et cruel et, surtout, très très drôle. Mais gageons que le minimalisme de la mise en scène rebutera ceux qui rejettent tout systématisme formel.
Autre retour à la Mostra : celui d'Atom Egoyan avec Guest of Honour. J'y retrouve pour une part ce que j'admire chez ce cinéaste (Calendar, Exotica, De beaux lendemains, Captives) : une manière unique d'explorer la ligne ténue qui sépare l'innocence de la perversité, l'exploration passionnée des liens entre parents et enfants, le sens du mystère que constitue toute vie humaine et un art d'entrelacer les lignes narratives et les temporalités jusqu'au vertige. Le vertige qu'est notre existence dans le temps. Mais la fin du film perd en intensité, sans doute en raison d'un scénario un tantinet alambiqué. 
Mais voilà qu'il est l'heure de partir ! Un dernier coup d'oeil à la presse italienne (Martin Eden n'a pas dépassé J'accuse dans le tableau des films préférés des critiques), un dernier Spritz, un dernier vaporetto et il est temps de quitter Venise...pour mieux y revenir et y vivre de beaux lendemains.

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