Venise, jour 3

Politique de la télévision...au cinéma
Par Jean-Christophe Ferrari
le Lundi 02 Septembre 2019

landromat
Le soleil se lève sur la lagune. Des reflets roses et oranges éclairent la ville. Brioches à la crème, expresso, journaux : impossible de commencer une journée de festivalier sans revue de presse. 
Joker semble avoir enthousiasmé la presse italienne : il se classe en deuxième position – après J'accuse - des films projetés depuis le début de la Mostra. En revanche, Ema rejoint Ad Astra en queue de peloton. Serait-ce que les critiques transalpins soient soudain devenus sensibles à la question du male gaze (Pablo Larrain a visiblement pris plaisir à filmer son actrice...) ? Dans une interview, le réalisateur chilien avoue ne pas comprendre ce type d'interrogation : ce qui l'intéresse, qu'il s'agisse d'un homme ou d'une femme, c'est que le pouvoir d'un personnage soit « infini ». « Et le pouvoir d'Ema est infini. Sa sensibilité, son mystère, son intelligence, sa force sont infinis ». On ne saurait mieux dire.
Aujourd'hui, la télévision s'invite à la Mostra. Tout d'abord avec la projection de deux épisodes de 
The New Pope, la série réalisée par Paolo Sorrentino pour Sky et Canal Plus (avec Jude Law et John Malkovitch). Sorrentino s'y intéresse au fonctionnement du Vatican. On reconnaît sa manière : il pose sur l'Eglise un regard où se mêle hardiment sensibilité au grotesque et à la vulgarité des lieux de pouvoir, mais aussi tendresse pour le charisme et l'intelligence de ceux qui l'exercent. The New Pope (comme d'ailleurs la saison trois de Twin Peaks) offre un démenti à ceux qui, comme moi, ont tendance à penser que l'intérêt d'une série réside davantage dans l'univers crée et la conduite du récit que dans la mise en scène (par exemple, je mets au défi quiconque de voir des différences significatives entre les épisodes tournés par David Fincher et ceux réalisés par Andrew Dominik pour la deuxième saison de Mindhunter).
Tout absorbé par ces considérations, je passe sans m'en rendre compte devant une foule de jeunes filles m'adressant un regard implorant : ce sont des fans de Meryl Streep qui attendent le passage de l'actrice en espérant un autographe. Beaucoup portent des tee-shirt 
Mamma Mia ou Le Diable s'habille en Prada. J'aurais choisi d'autres titres mais bon... C'est que « La Streep » comme on l'appelle ici joue, avec Antonio Banderas et Gary Oldman, dans The Landromat, le nouveau film de Steven Soderbergh produit par Netflix. Le réalisateur américain y met en scène l'affaire des Panama Papers. C'est drôle, c'est brillant, c'est inventif, c'est cruel, c'est caustique, c'est fin mais on a souvent le sentiment que ce qui intéresse avant tout ici le cinéaste est de faire son malin, ce qui ennuie un peu sur la durée.
Le grand film politique, le grand portrait de notre monde contemporain, est cette année invité, comme souvent dans les grands festivals, dans une section parallèle (Orrizzonti) : Il s'agit d'
Un fils du tunisien Mehdi Barsaoui. Espérons qu'un distributeur français l'achètera ici et que Transfuge aura l'occasion de vous en parler longuement lors de sa sortie en France.

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