Venise, jour 2

Un Joker qui a de la gueule
Par Jean-Christophe Ferrari
le Dimanche 01 Septembre 2019

jocker

Premier réflexe du festivalier arrivé en retard : se renseigner auprès de ses confrères sur la qualité des films projetés pendant les premiers jours. Je mène mon enquête : outre le Polanski (dont je vous parlais hier), un seul film fait l'unanimité :  Marriage Story  de Noah Baumbach. C'est pratiquement la larme à l'oeil que mes confrères évoquent ce récit d'un divorce. Une autre chose est certaine : l'accueil du Kore-eda ( La Vérité ) est tiède. Peut-être parce que – apparemment – il a quelque peu changé sa manière (ce que j'appelle « sa façon de faire de la surenchère dans la délicatesse »).  The Perfect Candidate  de Haifaa al Mansour a déçu et, comme je l'avais pressenti, le James Gray a partagé. Trop malickien semble-t-il au goût de certains...

Mais ca y est, on est déjà passé à autre chose. Que se passe-t-il ?  Joker  de Todd Philipps devrait avoir déjà commencé mais les portes de la salle Darsenna restent mystérieusement closes. Un problème technique avive l'impatience – déjà forte - de certains jeunes critiques arborant un tee-shirt à l'effigie du vilain de Gotham. Enfin Sésame s'ouvre et le générique commence. Et, oh surprise !, avec son univers visuel très stylisé (comme il sied au genre), le film tient à peu près la route. Malgré un propos politique parfois confus (voire ambigu), malgré quelques ficelles narratives éculées, on se surprend à s'intéresser à cette méditation sur l'art du comédien et la tragique nécessité du travestissement (rappelons que l'ennemi de Batman est un clown) porté par un Joaquin Phoenix au magnétisme vibrant qui sera, cette année, un candidat sérieux à l'oscar du meilleur acteur. On en sort un peu perplexe, un peu oscillant mais déjà il faut s'installer pour la projection d' Adults in the room , le nouveau film de Costa-Gavras. Celui-ci évoque la crise grecque et prend pour personnage principal l'ancien ministre de l'économie (Yanis Varoufakis). Pas de place pour l'indécision ici : la chose est tellement univoque et plate visuellement ! L'intérêt des films politiques réussis consiste, me semble-t-il, à dresser le bilan des forces qui s'affrontent, à peser le poids de chacune, à percer la complexité de leurs motifs. Et à créer ainsi un champ de tensions. Rien de tel ici tant le film est manichéen (les gentils méditerranéens versus les méchants Allemands). Passons à autre chose :  Wasp Network , le nouveau Assayas.

Alors que j'attends dans la file, à une cinquantaine de mètres de là, Joaquin Phoenix foule le tapis rouge. L'ambiance est étonnante : pas de hurlements hystériques, pas quarante barrages, ni quarante voitures, ni quarante micros, ni quarante présentateurs de télévision, ni quarante gardes du corps. Il y a là quelque chose de bon enfant qui décidément fait le charme de la Mostra et qui contraste fortement avec Cannes. Le nouveau Assayas ? Qu'en dire sinon que n'importe quelle série aujourd'hui est mieux fichu qu'un film d'Assayas ? Et que cet opus inutile semble n'avoir pas d'autre ambition que d'affirmer la stature internationale de son auteur ? Allez, soyons fair-play, cela nous donnera l'occasion d'apercevoir Pénélope Cruz demain...


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