Oscars : pas notre cinéma !

Réaction à chaud à l'annonce des résultats des Oscars.
Par Jean-Christophe Ferrari
le Lundi 10 Février 2020

oscarsTout le monde, ce matin,  se félicitait de cette petite révolution : pour la première fois de l'histoire,  l'Oscar du meilleur film est allé à un film étranger (Parasite de Bong Joon-ho). Une drôle de révolution d'ailleurs. Faut-il comprendre que, pour la première fois de la création de cette récompense, le meilleur film de l'année n'est pas américain ? D'autant que, après la Palme d'or, c'est  beaucoup d'honneur fait à un film qui, s'il possède une indéniable puissance graphique et propose une narration enlevée, n'est pas le chef d'oeuvre que nombreux y voient. Pour nous, Parasite est plutôt une bonne série B boostée en chef d'oeuvre. Un film haut en couleur mais qui manque cruellement de dialectique (pendant tout le film les pauvres désirent ce que possèdent les riches sans que jamais la pertinence de ce désir ne soit interrogée, le haut restera haut et désirable, le bas restera bas et épouvantable).  Surtout, nous nous inquiétons de ce double signal : une Palme d'or plus un Oscar ne peuvent manquer de donner le la et, ainsi, d'imposer une direction au cinéma mondial. Or c'est résolument autre chose que du cartoon, aussi réussi soit-il par ailleurs, que nous attendons du septième art.  

Quant à l'Oscar du meilleur acteur pour Joaquin Phoenix, il tend à confirmer la règle que c'est rarement pour leur meilleur film (qu'il suffise de rappeler que Leonardo DiCaprio a obtenu l'Oscar pour....The Revenant) que sont primés les grands acteurs. Là aussi, mauvais signal (redoublé par l'Oscar à Renée Zellweger dans Judy) :  la prime à la performance encouragera les acteurs à se diriger vers des films creux et clinquants (type Joker) plutôt que vers des oeuvres raffinées, complexes et stimulantes. Pour ce qui nous concerne, nous avons été beaucoup plus émus cette année par l'interprétation de Brad Pitt dans Ad Astra de James Gray et celle de Saoirse Ronan dans Les Filles du docteur March ( un film merveilleux quasi absent du palmarès). Sans parler de celle des acteurs réunis par Scorsese dans The Irishman (lui totalement absent du palmarès) !

Seule consolation ce matin : nous n'avons pas été réveillés par un cocorico de succès pour Les Misérables ! Nous avons déjà souligné à quel point le film de Ladj Ly nous paraissait truqué, sensationnaliste et consensuel, très loin de ce que nous attendons d'un film politique. 

Bon évidemment,  personne n'est dupe, les résultats des Oscars relèvent davantage du folklore médiatique que d'une véritable évaluation esthétique. Il s'agirait juste de ne pas les prendre trop au sérieux ! 

 
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