L'essai plutôt que la cathédrale

Après l'annonce du palmarès du Festival de Cannes, Transfuge réagit aux choix du jury présidé par Alejandro Inàrritu.
Par Frédéric Mercier
le Lundi 27 Mai 2019

traitreUne première constatation s'impose : plusieurs films sont injustement absents du palmarès, à commencer par Le Traître de Marco Bellocchio, peut-être son film le plus accompli, une oeuvre somme qui couronne la carrière d'un grand maître du cinéma mondial jamais récompensé d'aucun prix digne de ce nom dans les festivals internationaux. Fresque somptueuse qui revisite vingt ans de l'histoire de l'Italie, Le Traitre méritait amplement tous les prix. ... 

Malgré tout, ce palmarès a l'avantage de la clarté et de la cohérence. En décernant un Grand Prix à Atlantique de Mati Diop, en récompensant Les Misérables de Ladj Ly et Bacurau de Kleber Mendonça Filho et Juliano Dornelles, en donnant le prix du scénario à Céline Sciamma, le jury distingue une nouvelle génération de cinéastes qui recherchent et expérimentent de nouveaux langages. Des réalisateurs et réalisatrices dont les oeuvres témoignent d'une volonté de réinventer notre rapport au monde, notre manière de l'habiter, de le construire, de le combattre. Leur geste à tous est moins assuré, moins net, moins précis, moins droit que celui de leurs ainés (Marco Bellocchio, Terrence Malick, Abedellatif Kechiche) qui, malheureusement repartent bredouilles. En récompensant une nouvelle génération de cinéastes, c'est donc un geste et une éthique qui sont privilégiés.  C'est la fulgurance et le déséquilibre plutôt que la maitrise et la droiture. L'essai plutôt que  la cathédrale. Comment alors comprendre le prix de la mise en scène remis aux frères Dardenne ? Peut-être ainsi :  à rebours d'autres habitués de Cannes, leur approche réussit encore à  penser le monde sans jamais faire la démonstration de sa force. 

Enfin, comment comprendre cette sublime palme d'or ?  Sans doute d'abord comme une façon de célébrer le cinéma coréen qui, par ses audaces graphiques et narratives, nous émerveille depuis plus de vingt ans et dont Bong Joon Ho est l'un des plus brillants représentants, ayant réussi, avec ce film corrosif et malicieux, à concilier expérimentations et conventions, cinéma politique, d'auteur, et cinéma populaire, Chabrol et Bunuel. A travers lui, ce sont  aussi à Im Sang soo, Hong Sang-soo, Kim Jee-woon, Kim Ki-duk, Lee Chang-dong,Na Hong-jin, Park Chan-wook et tant d'autres que l'on pense. 

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