Il faut sauver Woody Allen

Son film n'est pas sélectionné à Cannes, aucun éditeur américain à ce jour ne souhaite publier ses mémoires à Cannes. Si #MeToo a des revendications légitimes, on constate que pour Woody Allen, le mouvement a eu des conséquences a priori d'une grande injustice pour le réalisateur new-yorkais. Analyse.
Par Jean-Christophe Ferrari
le Mardi 07 Mai 2019


C'est avec dépit que nous constations la semaine dernière que le Festival de Cannes n'avait pas eu le courage de sélectionner Un jour de pluie à New York, le dernier film de Woody Allen. Pourtant les précédents films du réalisateur de Manhattan, présentés en ouverture et/ou hors-compétition (Minuit à ParisL'Homme irrationnelCafé Society) avaient, ces dernières années, régalé la Croisette. C'est avec consternation que nous avons appris ce week-end que, selon le New York Times, cinq grandes maisons d'édition américaines (HarperCollins, Hachette, Macmillan, Penguin Random House, Simon and Schuster) n'avaient fait aucune offre pour publier les mémoires du cinéaste (le manuscrit n'aurait même pas été lu...).  C'est avec effroi que nous voyons défiler et se multiplier sur les réseaux sociaux des posts applaudissant cette décision.  Pourquoi ce dépit ? Pourquoi cette consternation ? Pourquoi cet effroi ?  Parce que Woody Allen est devenu la victime d'une chasse aux sorcières et que la vérité semble être devenue inaudible. 

Tâchons néanmoins de rétablir ici l'exactitude des faits.  En 1993, après que Mia Farrow l'eut accusé d'avoir agressé sexuellement Dylan Farrow, sa fille adoptive, le cinéaste fit l'objet de deux enquêtes menées par la police du Connecticut et les services sociaux du Yale-New Heaven Hospital. Au cours de ces investigations, Allen a été entendu par plusieurs pédopsychiatres et soumis à l'épreuve du détecteur de mensonges. Quelle fut la conclusion des médecins ? Le Dr John Leventhal a déclaré sous serment en avril 1993 que « Dylan a été conditionnée par sa mère pour diaboliser Woody Allen et le considérer comme un violeur ». Quelle fut– malgré les assertions du procureur Frank Maco selon lesquelles il possèderait assez de données pour poursuivre le réalisateur - celle des services sociaux ? Qu'« aucune preuve crédible ne montre que l'enfant ait été agressée ou maltraitée. Son témoignage a été considéré comme infondé ».  Complétons le verdict de la justice par cette profession de foi de Moses Farrow, l'autre enfant adoptif du couple, en 2014 : « Ma mère a gravé en moi une haine à l'égard de mon père pour avoir détruit la famille et agressé ma soeur. Et je l'ai détesté pour lui faire plaisir durant de nombreuses années. Je sais aujourd'hui qu'il ne s'agissait que d'une vengeance pour lui faire payer sa relation amoureuse avec Soon-Yi ».

Qu'a-t-il bien pu se passer depuis ? En 2017, Dylan Farrow, sans apporter aucune preuve ou élément supplémentaires, réitère les mêmes accusations qu'en 1993. Et là, soudain, c'est l'hallali.  Le gratin d'Hollywood, notamment des acteurs ayant tourné avec Allen, prennent publiquement position contre lui :  Natalie Portman, Kate Winslet, Marion Cotillard, Colin Firth, Timothée Chalamet, Greta Gerwig, Rebecca Hall, Ellen Page. Pourtant les attaques de la fille adoptive du cinéaste sont les mêmes en 2017 qu'en 1993 ou en 2014 (date à laquelle sa mère les avait renouvelées). Comme le fit remarquer justement Grégory Valens dans une tribune pour Positif, ils en connaissaient donc le contenu quand ils décidèrent de travailler avec lui ! Pareil pour ces journalistes qui relirent la filmographie du cinéaste à l'aune de faits déjà connus au moment où ils rédigeaient leurs ouvrages ! Mais que s'est-il donc passé entre temps ?  La réponse est simple : le mouvement #Me Too. Il faut donc bien admettre cette évidence glaçante :  alors que de nombreux coupables n'ont (sans doute) pas (encore) été inquiétés, Woody Allen, qui (jusqu'à preuve du contraire) est innocent, est devenu le bouc émissaire de Me Too. 

Voilà donc qu'Hollywood, certains éditeurs et certains journalistes sont prêts à ruiner la carrière de l'un des plus grands cinéastes en activité sans aucune raison fondée en justice. Voilà donc que s'est engagée une véritable chasse aux sorcières contre un homme, en dépit du verdict des tribunaux. Pourquoi ?  Soit par opportunisme. Soit par peur que les contrevérités et les rumeurs, fortes parfois de plus de poids que les faits avérés, leur nuisent. C'est effrayant ! Et scandaleux !  Il faut le défendre et c'est ce que nous faisons ici. Pour ce qui nous concerne, nous ne cèderons pas au vacarme de l'ère de la calomnie. Nous attendons avec impatience la sortie en France (il ne sortira pas montré aux Etats-Unis) d'Un jour pluvieux à New York alors que la sortie italienne semble avérée. Et espérons un jour chroniquer les mémoires de Woody Allen qu'un éditeur, américain ou autre, aura eu la probité - et le courage salutaire - de publier. 

 

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