Ca va saigner à la cinémathèque !

La prochaine saison de la Cinémathèque Française a aiguisé la curiosité et ... les canines des critiques de Transfuge.
Par Jean-Christophe Ferrari
le Samedi 13 Juillet 2019

draculaLa semaine dernière, l'annonce par Frédéric Bonnaud, dans la grande salle Henri Langlois, de la programmation de la saison 2019-2020 de la Cinémathèque Française a affûté les appétits cinéphiles de la rédaction de Transfuge. Outre des leçons de cinéma avec des cinéastes que nous suivons avec attention (Arnaud Desplechin, Elia Suleiman, James Gray, Jia Zhang-ke), nous nous réjouissons particulièrement de certaines rétrospectives.  Desquelles ?  Eh bien de celle consacrée à Nicholas Ray, le plus flamboyant, le plus romantique et le plus tourmenté des grands classiques hollywoodiens. De celle dédiée à Mauro Bolognini, cinéaste frémissant et vigoureux qui a porté à l'écran certains textes importants de la littérature italienne (Moravia, Svevo, Pratolini, Brancati, Pasolini, etc.). De celle consacrée à Georg Wilhem Pabst, l'un des plus grands réalisateurs allemands du siècle dernier avec Murnau et Lang et, surtout, l'un des plus grands peintres de la sexualité féminine. De celle dédiée à Michael Powell, l'un des plus étourdissants inventeurs de forme du cinéma moderne, un auteur qui a fortement inspiré, entre autres, Scorsese et Coppola. Ces rétrospectives permettront de voir (ou de revoir) certains films rares.  Si vous n'avez jamais vu, sur grand écran, La Rue sans joie ( Pabst), La Forêt interdite (Ray), Quand la chair succombe (Bolognini), Le Narcisse noir ou La Renarde (Powell), alors sortez immédiatement vos agendas ! 

Surtout, nous nous félicitons du fait que cette saison exhale un parfum de féminité transgressive, de sexualité décadente, de surréalisme, d'expérimentation poétique et de fantastique. On y croisera le fantôme toujours vivace de l'insaisissable Musidora (qui incarna Irma Vep chez Feuillade) mais aussi celui de Germaine Dulac (l'une des pionnières de l'avant garde des années 1920), de Jacqueline Audry (qui adapta Colette au cinéma), d'Alejandro Jodorowsky, de Jean Daniel Pollet (dont certains films seront accompagnés par des lectures de Philippe Sollers) et de Georges Franju.  A ce titre, le clou de l'année sera certainement l'expositionVampires. On attend avec impatience de voir quelles  seront les solutions audio-visuelles imaginées par les commissaires d'exposition de la Cinémathèque Française pour exposer cette image de la nuit, du désir et de la transgression (aussi bien politique que sexuelle). D'autant que cette figure éminemment cinématographique – le vampire est une figure de l'ombre, de la pénétration (la morsure), du regard (la morsure encore) et de l'éternité  - a nourri aussi bien le cinéma d'auteur (Dreyer) que le cinéma populaire (Twilight) et a permis au cinéma de dialoguer intensément avec la peinture (Goya), le rock (Bowie), la photographie et, bien sûr, la littérature (Nodier, Gautier, Le Fanu,  Hoffman, Stoker, Matheson)

Un dialogue des arts auquel, vous le savez, nous sommes, à Transfuge, particulièrement sensibles. 

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