La vraie image de Gerard Byrne

A voir à Bruxelles, une rétrospective de l'oeuvre de Gerard Byrne, photographe et plasticien irlandais passionné par l'archive.
Par Joséphine Michel
le Jeudi 27 Décembre 2018

byrneGerard Byrne, en explorant d'un même mouvement les potentialités d'un steadycam et la survivance d'un diorama du 19ième siècle, nous invite à une méditation sur le « photographique », interrogeant la possibilité d'une veraicona, l'« image vraie » d'une simulation. À presque cinquante ans, l'artiste a  représenté l'Irlande à la 52 ième édition de la Biennale de Venise en 2007, participé à la Documenta 13 à Kassel en 2012 et exposé internationalement dans une grande variété de contextes. Il travaille avec une multiplicité de médias tels que la photographie, le film, le théâtre et l'installation, et fait partie de ceux qui sondent la tension fertile entre image-fixe et image-mouvement, souvent à travers la réanimation d'archives.

À la galerie Greta Meert, des portraits photographiques en noir et blanc d'animaux sauvages s'offrent au premier abord calmement, dans un accrochage homogène et linéaire. La faible profondeur de champ de ces images révèle rapidement à celui qui les observe l'artificialité de la scène – on vient vite à comprendre que ces animaux sont morts, empaillés, mis et pris dans un décor réalisé par la main de l'homme. Ce décor, usé et désuet, n'est pas dissimulé par l'artiste. Une sensation de délavé naît face à ces fragments en gros plans de diorama – en l'occurrence, le diorama du Biologiska Museet de Stockholm, construit en 1893 et désormais fermé, concentré sur les formes géologiques et la faune du paysage nordique. Gerard Byrne, non sans une certaine ironie, a conservé le liseré noir et iconique « TMAX 100 » autour des photographies, qui a longtemps témoigné de l'authenticité de l'image, de son non-recadrage, de sa véracité, utilisé par les photoreporters qui avaient écouté l'adage de Robert Capa :  « Si ta  photo  n'est  pas  bonne, c'est que tu n'étais  pas assez  près ».

À l'étage, un film donne son nom à l'exposition, Jielemeguvvie guvvie sjisjnjeli , la plus proche traduction de « A Film inside an Image » en langue sami. Ce film en couleur de Byrne se dessine comme un exploration temporelle et spatiale d'une image fixe, fut-elle en relief. À rebours des images extraites de films, des stills, il s'offre comme une déambulation douce et lente, toute en mouvements fluides et circulaires, dans cette unique et complexe image qu'est le diorama.

Cet écart au réel est aussi sensible dans l'installation sonore qui accompagne le film et encercle le spectateur : la biophonie,l'ensemble des sons produits par les êtres vivants d'un écosystème à l'exception de l'homme,telle que définie par l'éco-acousticien et field recordistBernie Krause,est ici surchargée, surexcitée. D'innombrables cris d'animaux, du chant au brame au rugissement, entendus au même moment viennent intensifier la sensation d'artificiel. Ils font écho à la perte de coordonnées, sensible aussi dans les photographies, qu'elle soit spatiale  ici, tous les animaux se tiennent dans une extrême proximité  ou temporelle  – tous leurs cris sont simultanés : ils ont la puissance d'une alarme.

Gerard Byrne, a Film inside an image.  Galerie Greta Meert

Bruxelles. Jusqu'au 19 janvier

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