“On manque tous de désir"

Néons verts, plumes et humour, Hen, marionnette burlesque gorgée de plaisir, continue sa tournée de diva sur les planches du Mouffetard jusqu'au 8 février.
Par Pauline Gabinari

henC'est un corps vaguement distinct que l'on voit en premier sur scène, Hen se fait désirer  tandis que sa voix chante les plaisirs de la nudité. Au cours d'une soirée cabaret, ce  personnage excentrique nous emmène aux confins des sexualités, là où être homme ou  femme n'a plus d'importance. Une façon, malgré les apparences, très délicate de montrer  qu'il n'est pas nécessaire de rentrer dans les cases. Johanny Bert, le metteur en scène,  revient sur la création de Hen, ce personnage à l'univers caustique et touchant.

Comment est né Hen ?

Au départ je viens du théâtre, j'ai une formation de comédien et je fais beaucoup de mise en scène, je ne suis pas un puriste de la marionnette. Par contre, dans chacun de mes  spectacles je cherche à explorer la relation entre l'humain et l'objet. Pour Hen, je me suis  tout de suite rendu compte qu'un corps délégué était nécessaire. Je crois aussi qu'une  marionnette permet plus d'insolence car on peut lui pardonner plus de choses qu'à un être  humain. Hen est un personnage joyeux qui affirme ses multiples identités, qui est libre et qui  joue avec toutes les images clichées car elle est au dessus de ça. Finalement, je voulais un  personnage qui puisse dire “je suis homme, femme, je suis tout ça à la fois et je vais très  bien. Alors, si vous vous portez un regard inquiet ou suspicieux c'est peut être votre regard  qui n'est pas le bon".

En ce sens, Hen a t il été une manière de porter ce discours plus facilement ?

Je suis quelqu'un d'assez pudique, tout ce que je dis dans le spectacle sont des idées que je souhaite défendre mais je ne crois pas que j'en aurais été capable sans la marionnette.  Hen est une prothèse, une manière de faciliter la parole. Aussi, c'est la première fois que je  chantais sur scène, au début je n'osais même pas chanter devant mon équipe ! Avec Hen  c'était plus facile.
Hen est une projection de notre imaginaire, de nos fantasmes et aussi de nos peurs. Il y a  cette phrase de Paul B. Preciado qui parle de transition et à laquelle je pense souvent “Pour  certain je suis le monstre qui a appris le langage des hommes". Hen est protégé par son  corps de marionnette et par le cadre du théâtre mais, si elle avait été vivante et qu'on la  croiserait, dans la rue, la regarderions-nous de la même manière ? Parfois la liberté sexuelle  peut créer beaucoup de rejets...

Le dispositif que vous avez choisi est celui de la manipulation à vue, c'est à dire un procédé où le marionnettiste n'est pas visible, pourquoi avez vous pris cette direction ? 

Habituellement, dans mes spectacles quand il y a de la marionnette, l'acteur est beaucoup  plus présent mais dans ce spectacle je souhaitais revenir à quelque chose de plus  traditionnel, au rudimentaire de ce théâtre qui est le castelet et la marionnette. Nos corps  [ceux des marionnettistes] n'étaient pas une nécessité, c'est le corps de Hen qui était  important. D'ailleurs, au départ je ne voulais même pas que l'on vienne saluer le public à la  fin et que seule Hen et les comédiens le fasse. 

Hen est un personnage porté par son désir, d'où lui vient il ? 

D'une partie de moi je pense ! Je trouvais ça beau et nécessaire de dire que, parfois, on  manque tous de désir et de plaisir. Le spectacle est aussi là pour dire “ça va, soyons léger  avec notre sensualité, il n'y a rien de très grave, au contraire, c'est juste du désir et cela peut  devenir potentiellement de l'amour." Il y a assez de choses dures et de lourdeurs autours de  nous, si on s'impose aussi ça pour le désir, on ne s'en sort pas !

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