Woody Allen : intolérable censure !

L'information est tombée ce matin : Hachette a décidé de ne pas publier les mémoires de Woody Allen aux Etats-Unis. Une preuve de plus que nous vivons un moment inquiétant où les pulsions de censure et de lynchage tentent de contourner et d'outrepasser l
Par Jean-Christophe Ferrari

woody allenC'est avec consternation et effroi que nous avons appris ce matin que le groupe Hachette, sous la pression de certains de ses employés et de Ronan Farrow, renonçait à publier les mémoires de Woody Allen.  Pourquoi cette consternation ? Pourquoi cet effroi ? Parce que Woody Allen est devenu la victime d'une chasse aux sorcières et que la vérité semble être devenue inaudible.

Tâchons néanmoins de rétablir ici l'exactitude des faits. En 1993, après que Mia Farrow l'eut accusé d'avoir agressé sexuellement Dylan Farrow, sa fille adoptive, le cinéaste fit l'objet de deux enquêtes menées par la police du Connecticut et les services sociaux du Yale- New Heaven Hospital. Au cours de ces investigations, Allen a été entendu par plusieurs pédopsychiatres et soumis à l'épreuve du détecteur de mensonges. Quelle fut la conclusion des médecins ? Le Dr John Leventhal a déclaré sous serment en avril 1993 que « Dylan a été conditionnée par sa mère pour diaboliser Woody Allen et le considérer comme un violeur ». Quelle fut– malgré les assertions du procureur Frank Maco selon lesquelles il posséderait assez de données pour poursuivre le réalisateur - celle des services sociaux ? Qu'« aucune preuve crédible ne montre que l'enfant ait été agressée ou maltraitée. Son témoignage a été considéré comme infondé ». Complétons le verdict de la justice par cette profession de foi de Moses Farrow, l'autre enfant adoptif du couple, en 2014 : « ma mère a gravé en moi une haine à l'égard de mon père pour avoir détruit la famille et agressé ma soeur. Et je l'ai détesté pour lui faire plaisir durant de nombreuses années. Je sais aujourd'hui qu'il ne s'agissait que d'une vengeance pour lui faire payer sa relation amoureuse avec Soon-Yi ».

Qu'a-t-il bien pu se passer depuis ? En 2017, Dylan Farrow, sans apporter aucune preuve ou élément supplémentaires, réitère les mêmes accusations qu'en 1993. Et là, soudain, c'est l'hallali. Le gratin d'Hollywood, notamment des acteurs ayant tourné avec Allen, prend publiquement position contre lui : Natalie Portman, Kate Winslet, Marion Cotillard, Colin Firth, Timothée Chalamet, Greta Gerwig, Rebecca Hall, Ellen Page. Pourtant les attaques de la fille adoptive du cinéaste sont les mêmes en 2017 qu'en 1993 ou en 2014 (date à laquelle sa mère les avait renouvelées). Ils en connaissaient donc le contenu quand ils décidèrent de travailler avec lui ! Pareil pour ces journalistes qui veulent relire la filmographie du cinéaste à l'aune de faits déjà connus au moment où ils rédigeaient leurs critiques ou leurs ouvrages ! Il faut donc bien admettre cette évidence glaçante :  une véritable chasse aux sorcières s'est engagée contre un homme en dépit du verdict des tribunaux. Alors que de nombreux coupables n'ont pas encore été inquiétés, Woody Allen, qui ( jusqu'à preuve du contraire) est innocent, est soudain devenu un bouc émissaire.

Voilà donc qu'à Hollywood, certains éditeurs et certains journalistes sont prêts à ruiner la carrière de l'un des plus grands cinéastes en activité sans aucune raison fondée en justice. Pourquoi ? Soit par opportunisme. Soit par peur que les contrevérités et les rumeurs, fortes parfois de plus de poids que les faits avérés, leur nuisent. C'est effrayant ! Et scandaleux ! Pour ce qui nous concerne, nous attendons avec impatience la sortie en France des mémoires de Woody Allen publiées par Stock.

 
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