Le blues de Chelsea

Avec XY Chelsea, Tim Travers Hawkins présente le portrait troublant d'une femme transgenre affrontant les autorités américaines.
Par Mathieu Champalaune

chelseaLa première séquence de XY Chelsea dévoile progressivement le visage d'une jeune femme blonde, à la fois fragile et fière, qui déclare : « je ne suis pas celle que l'on croit ». Ce visage frêle est celui de Chelsea Manning qui, en 2010, a ébranlé le monde en diffusant, alors qu'elle était encore un homme nommé Bradley analyste militaire basé en Irak, des milliers de documents classés secret-défense par le gouvernement américain. Elle fut condamnée à trente-cinq ans de prison en 2013, avant de voir sa peine commuer par le président Obama à la fin de son mandat. Le réalisateur britannique Tim Travers Hawkins raconte la libération de Chelsea Manning et son difficile retour d'une détention inhumaine. Figure controversée, accusée de trahison, dont le choix de changer de sexe a souvent été mal compris, Chelsea Manning ne retrouva qu'une liberté relative. Choisissant de rester fidèle à un idéal de transparence totale, elle est scrutée par tous, admirateurs comme ennemis, tandis que les autorités américaines continuent de la menacer. Produit par Laure Poitras, qui avait déjà consacré des documentaires à Edward Snowden et Julian Assange, XY Chelsea mélange film d'espionnage et portrait intime pour tenter de saisir ce qui meut cette ancienne militaire intolérante à l'injustice et à la violence. Chelsea Manning apparaît ici comme une héroïne malgré elle, une héroïne engagée et porteuse de valeurs progressistes dans une Amérique divisée. Ce documentaire permet de bien comprendre pourquoi elle représente un nouvel espoir pour une partie de la population américaine.

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