Et pourquoi Pabst ?

La Cinémathèque française consacre une rétrospective à G. W. Pabst, tandis que Tamasa Distribution, partenaire de l'événement, sort un coffret composé de douze titres restaurés et accompagnés de bonus. De quoi redécouvrir l'oeuvre d'un cinéaste mésestimé.
Par Louise Dumas

pabstIl aura fallu du temps à Georg Wilhelm Pabst pour accéder à une pleine reconnaissance cinéphile et critique. Longtemps, le parcours politique et personnel de Pabst, marqué par un indéniable manque de fermeté, a entaché la réception de son oeuvre et l'a empêché d'accéder au Panthéon des réalisateurs allemands qui ont marqué le cinéma de l'entre-deux-guerres. Pour Barthélémy Amengual, « Pabst est un contemporain passif. Il suit. Expressionnisme, naturalisme, sexualisme, freudisme, internationalisme, antinazisme, exotisme, nazisme, dénazification, mysticisme, agnosticisme, toutes les étapes franchies par sa nation, par sa classe, se retrouvent dans sa carrière d'artiste. ». Autrement dit : l'irrésolution politique va de pair avec la richesse des courants qui traversent l'oeuvre. Toutes deux trouvent leur origine dans une forme de perméabilité qui a, chez Pabst, quelque chose d'existentiel.

Des figures féminines audacieuses

G. W. Pabst commence une carrière cosmopolite dans le monde du théâtre, entre l'Europe germanophone et les États-Unis. En 1923, à trente-sept ans, il est installé en Allemagne et s'essaie au cinéma. Très vite, le septième art lui permet des expérimentations formelles à travers lesquelles se reflètent les grands thèmes qui agitent la modernité de Weimar. Dans Les Mystères d'une âme, par exemple, Pabst explore l'univers du rêve et les théories psychanalytiques. Ses premiers films sont marqués par des figures féminines audacieuses, interprétées par les plus grandes actrices de l'époque (Asta Nielsen et la toute jeune Garbo dès 1925). À cet égard, le cinéma allemand lui doit notamment d'avoir découvert Louise Brooks : dans Loulou puis dans Le Journal d'une fille perdue (1929), elle illumine l'écran à chaque apparition. Incarnés et modernes, ces films explorent les arcanes de la sexualité féminine à travers un personnage de femme-enfant au désir à la fois insatiable et candide. Plus sage en apparence, L'Amour de Jeanne Ney (1927) rend à Brigitte Helm, l'androïde de Metropolis, des désirs de chair. En outre, Paris y est magnifiquement filmé, lorsque des travellings virtuoses accompagnent les amants au milieu de l'agitation des Halles un matin de marché ou le long des grilles du parc des Buttes Chaumont.

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