SOLDES D'ETE

Exposition Laura Schawelka, Derniers Jours, Goethe Institut, Paris, jusqu'au 9 septembre
Par Damien Aubel

laura schwanelkaLaura Schawelka ou la métamorphose du consumérisme en poésie, au Goethe Institut...

Ces « derniers jours » ne sont pas un compte à rebours apocalyptique (encore que, diraient certains néo-marxistes...) mais désignent plus prosaïquement le dernier acte des soldes. La jeune photographe allemande Laura Schawelka oeuvre au croisement de Zola et de son Bonheur des Dames, pour sa façon de dépasser l'enregistrement naturaliste des objets et faire ressortir la sensualité des textures, et de Walter Benjamin pour l'interrogation, angoissée et flâneuse tout à la fois, sur la modernité urbaine et marchande. On rajouterait volontiers Zbigniew Dlubak, moins pour des questions de convergence esthétique (la vivacité des couleurs de Laura Schawelka, l'hybridation entre la vidéo et la photo stricto sensu n'ont pas grand-chose à voir avec le maître polonais) que pour cette façon de conférer aux objets, à l'inanimé une présence vivante, vibrante. Littéralement dans le cas de Laura Schawelka : qu'on songe à cette image où des vêtements, suspendus dans une boutique, frémissent doucement sous un souffle de vent. Qu'on songe aussi à ces deux illustrations très art déco, mises en regard l'une de l'autre, deux femmes dans un grand magasin, comme une vignette du roman de Zola. Comme deux vignettes, plutôt : car les deux images sont séparées par un interstice. Charge à nous de renouer le lien – comme si cet infime écartement nous incitait à le corriger et, partant, à faire vivre cette image dissociée, à imaginer, qui sait ?, un dialogue. Plus loin, c'est une autre vie qui est évoquée, celle du tissu lui-même. Sur un cliché immensément agrandi d'étoffe, comme un collage en 3D, on trouve un t-shirt Yves Saint Laurent encore sous blister, deux pages de L'Illustration, un billet de zéro euro. Soit le trajet du tissu, vendu, transformé en t-shirt ou en papier... mais vendu (ou acheté ?) pour zéro euro. On voit la pointe de ma critique du capitalisme percer, mais ce n'est pas le plus frappant. Ce qui touche le plus, c'est cette façon de condenser un cycle de vie, de rappeler que l'objet aussi a un destin, un avant et un après. Et cette exposition qui s'inaugurait sur des prémisses critiques tourne à la poésie- la poésie matérielle d'un Ponge.

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