PIGMENT FORT

Le Feuvre & Roze prend des couleurs estivales avec un accrochage collectif tonique et lumineux. La preuve qu'en 2019 la peinture se porte bien, et la couleur encore mieux...
Par Damien Aubel

Accrochage de groupe, jusqu'au 27 juillet, galerie Le Feuvre & Roze

Une déflagration de couleurs. Un tourbillon de remous chromatiques. L'accrochage collectif qui électrise les murs de la galerie Le Feuvre & Roze rallume la vieille querelle disegno versus colore. Et tranche sans ambages en faveur de la seconde. Ainsi les éclats kaléidoscopiques du jeune Barcelonais Sixe Paredes, biberonné au street art, galvanisé par l'expressivité du pop art, mais observant la discipline rigoureuse de l'abstraction dans la découpe et la répartition des zones colorées. Ainsi encore, Julien Colombier dont on retrouve avec plaisir l'herbier fantasmagorique d'une de ses jungles : la géométrie régulière, presque artificielle, des feuilles, d'étranges effets de cadrage, interdisent toute lecture « réaliste ». Restent les tonalités franches des couleurs. Le tout jeune duo Ella & Pitr donne bien dans le figuratif. Mais ce couple d'oiseaux à la grâce minutieuse des bestiaires des estampes japonaises juché sur deux énormes rochers qui semblent flotter dans on ne sait quel espace sorti des rêveries SF de Moebius ou d'une vision surréaliste à la Topor, demeure une énigme. Et faute de sortir du maquis des hypothèses, on laisse tomber l'interprétation, on s'enchante tout simplement – mais est-ce si simple ? – du faire, du camaïeu de gris des rocs, aux nuances si soigneusement pignochées. Si explosion de couleurs il y a dans cette expo, ce n'est pas la dislocation anarchique d'un dynamitage, mais plutôt le jeu réglé, aux transitions chromatiques minutieusement concertées, d'un feu d'artifice. Témoin Stohead, dont la peinture a ce satiné quasi phosphorescent, cette radiance d'un graff sur un mur (il vient lui-même du graffiti). Même le fond noir, chez lui, semble diaphane, émettre une douce lumière, comme s'il devenait couleur à son tour. Car tout, ici, est couleur, même la matière, comme ce très beau JonOne, où d'épaisses et vives giclées de peinture tracent les reliefs d'un paysage imaginaire, gai et chatoyant. Comme un Pollock, mais saisi d'une joie extatique de vivre...

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