« La Brafa est un cabinet de curiosités de luxe »

Rencontre avec le président de la Brafa, Harold t'Kint de Roodenbeke
Par Damien Aubel

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Il est aux manettes de la prestigieuse Brafa depuis huit ans, où lui-même expose. Un emploi du temps surchargé qui n'entame ni son flegme ni son enthousiaste. Rencontre avec le président de la Brafa, Harold t'Kint de Roodenbeke, au détour d'une allée de la foire, qui se tenait du 26 janvier au 2 février dernier.

Les grandes foires sont légion (la Tefaf prendra ses quartiers à Maastricht dans quelque semaines). Comment la Brafa se distingue-t-elle ?

On a des marques de fabrique. D'abord, on est belges, donc on est déjà un peu surréalistes à la base, ce qui fait qu'on aime bien les choses un peu décalées, tant dans la communication que dans l'exposition. On aime l'éclectisme : plutôt que de travailler par compartiments, on mélange tout, de l'Antiquité à l'art contemporain en passant par l'estampe japonaise, la sculpture... Les visiteurs sont confrontés à toutes les époques, à tous les styles d'art. Cette mixité est un véritable plus. Je pense toujours à la décoration de nos grands-parents qui avaient tendance à rassembler les objets d'une seule époque afin qu'ils se fondent l'un dans l'autre. Et je me rappelle, au contraire, l'intérieur d'Yves Saint Laurent, en France, qui mélangeait ses coups de coeur de toutes époques et de tous genres. C'était génial ! Ainsi des objets d'époque et de style très différents se parlent.

On a pu vous entendre comparer la Brafa à un cabinet de curiosités...

Oui, il y a un peu de ça, mais un cabinet de curiosités de luxe ou de haute qualité. Même si, et je travaille aussi là-dessus, on peut trouver des objets pour tout type de budget, tout en sélectionnant toujours une qualité de collection. 

En près de dix ans à la présidence de la Brafa, quelles tendances avez-vous vu se dessiner dans le monde des collectionneurs ?

Je retiens principalement ce qu'on a nous-mêmes défendu préalablement, mais qui est une tendance qui s'affirme chez les collectionneurs, c'est le mélange des objets. Les gens ne collectionnent plus dans un seul domaine, et on a favorisé ça. Ainsi, en amenant l'art contemporain à la Brafa, on a ramené une nouvelle clientèle qui, automatiquement, a découvert des choses différentes et est plus éclectique. Les gens sortent de plus en plus de leurs goûts premiers pour acheter autre chose. 

Et du point de vue des grands mouvements de l'histoire de l'art ?

J'ai l'intuition, même si on est plus dans l'abstraction qu'il y a une décennie, qu'il y a un certain retour à des valeurs du XXe siècle un peu plus « classiques ». Je remontre certains tableaux fauvistes ou impressionnistes et je vois qu'il y a encore des collectionneurs, et même de nouveau une clientèle un peu plus jeune, qui ont envie d'avoir un intérieur un peu moins « zen », un peu plus flamboyant.

L'art contemporain, à la Brafa, c'est relativement récent...

Oui, ça fait à peu près cinq ans. On nous a dit un jour qu'on trouvait tout à la Brafa, de l'art premier à l'art de nos jours. Mais en réfléchissant, je me suis dit qu'à une exception près, on n'avait pas de galeries d'art contemporain – je parle de galeries en premier marché. Ca me paraissait d'autant plus important d'ouvrir la Brafa que la clientèle est un peu différente. J'ai eu des demandes de quelques galeries de premier plan belges, qui sont les références dans le marché : Baronian et Rodolphe Janssen. Albert Baronian est venu la première année, et il m'a dit : « c'est incroyable, j'ai eu un intérêt éblouissant en art contemporain, presque plus que ce que j'ai dans une foire spécialisée ! » Le fait d'être mélangé au milieu des galeries classiques fait que les clients de ces dernières ont envie de comprendre l'art contemporain. Et comme on prend les meilleures galeries dans ce domaine – on n'en a qu'une douzaine –, on peut se permettre de faire une sélection vraiment serrée. 

 

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