FIAC LUX !

La FIAC 2018 courait du 18 au 21 octobre. Une édition bien achalandée, et qui fait la part belle à la figuration. Debrief à vif.
Par Damien Aubel

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La FIAC 2018 courait du 18 au 21 octobre. Une édition bien achalandée, et qui fait la part belle à la figuration. Debrief à vif.

 

Back from the FIAC, millésime 2018.  On n'a pas la faconde ample et visionnaire du Tom Wolfe de Bloody Miamipour la chanter sur un mode épique, mais on a de quoi raconter. Et pour cause : ce ne sont pas les figures qui manquent. Caisse de résonance ultrasensible des courants qui agitent et reconfigurent cette nébuleuse aux contours parfois flous qu'est l'art contemporain, la FIAC, cette année, livre un diagnostic sans équivoque : la figuration s'est bel et bien réinstallée. Rien de réac, pas de sujétion servile à on ne sait quel âge d'or de la mimésis, toutefois, là-dedans. Prenez une de nos découvertes, sur le stand de la galerie londonienne Sadie Coles HQ, l'Allemande Kati Heck (née en 1979) et cette Réunion(2018), quelque part entre une chute de pellicule d'un Russ Meyer inédit et un sabbat de sorcières. La facture lustrée, à la limite du street art ; le déshabillé trash, riot grrrl : tout ça sonne ultracontemporain. 

Car ce revif de la figuration n'est pas un coup de frein, ou un rétropédalage, qui rebrousserait chemin dans l'histoire de l'art. Témoin, la galerie Perrotin, qui expose aussi bien des oeuvre du pape de l'art cinétique Jesus Rafael Soto que cet Ivory (ii)du jeune Sud-Africain Cinga Samson, peinture qu'on qualifierait volontiers de vaudou : un homme noir, au teint qui semble se fondre dans les chromatismes du paysage. Comme un esprit de la terre ; un esprit de colère peut-être, d'inquiétude certainement. Car le figuratif n'est jamais loin du politique. Le collage du Thomas Hirschhorn (Pillar Fall, 2018, Gladstone Gallery), où des pièces de menue monnaie entourent, comme les colonnades jaillissantes – ou retombantes – d'un jet liquide au sens littéral et économique du terme, des images de ruines, est aussi simple, à la limite de la brutalité, qu'efficace. Les conclusions s'imposent, le capitalisme emporte les civilisations à leur ruine. Qu'importe le côté slogan ou vulgate radicale, ce qui compte c'est la foi retrouvée dans l'éloquence critique (subversive, colérique même) de la figuration.

Ce qui ne signifie pas araser les ambitions formelles, bien au contraire. C'est peut-être ce qui nous a le plus frappé, sous la verrière du Grand Palais : la façon dont la question de la représentation se rencontrait avec le travail sur la matière même des oeuvres. Un travail qui s'était émancipé de la figure (Soulages, Fontana... la liste est longue) mais qui semble à présent la retrouver. Peut-être l'image tutélaire de cette FIAC serait-elle le Portrait de Gustave Courbet, de Yan Pei-Ming, le peintre chinois installé en France et qu'on peut voir chez Thaddaeus Ropac. Densité du noir, touche énergique qui imprime la trace des coups de pinceau, rappelle le geste du peintre, sans chercher à le dissimuler, et puis Courbet, qui fait la jonction entre le réalisme et l'engloutissement dans la pâte picturale, la figure et la matière (pensez à ses Vagues). Rien d'étonnant, si l'air du temps souffle dans ce sens, si Tadashi Kawamata (né en 1953) propose chez kamel mennour un Tree Hut Brugge n°25où, sur un fond très géométrique de forêt (fûts sombre des troncs découpant des bandes de clarté) se détachent des maquettes en bois de cabanes, comme lovées dans les branches. Matière concrète et représentation, via la 3D enfantine de ces cabanes. 

Ce bois-là est aussi celui dont est fait ce qui reste pour nous le choc de cette FIAC. C'est l'installation Ingres Woodde Katharina Grosse (Gagosian Gallery). Des tronçons d'un énorme pin entassés sur les plissements d'une toile aux dimensions tout aussi impressionnantes, le tout abondamment arrosé de jets de bombe, et entouré, aux murs, de versions sur papier de cette débauche colorée. Katharina Grosse est née en 1961, mais son matériau remonte à beaucoup plus loin. Au premier tiers du XIXe pour être précis, à ces quelques années, entre 1834 et 1841 où Ingres a dirigé la Villa Médicis. Et fait planter l'arbre dont on voit ici, comme les membres épars d'un géant vaincu, les restes. Un pedigree qui n'est pas innocent, qui nous dit qu'entre Ingres, le grand figuratif, si minutieux et léché de touche, et ce chaos qui semble échapper à toute forme, il y avait quelque chose comme une connivence. Une solidarité, un lien infrangible.

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