katzThaddaeus Ropac expose une série de toiles du grand Alex Katz qui déclinent des portraits de danseuses Entre opulence de la couleur et précision économique du trait.
 

« Pop », Alex Katz ? La légende vivante US, au pinceau toujours fringant à plus de 80 ans, hausserait les épaules, et on le comprend, tant ses Red Dancers ravivent, en l’épurant, en la quintessenciant, la grande tradition moderne. Il invoque Matisse, on pense plutôt à Degas, en parcourant cette expo comme une chorégraphie de visages et de membres de danseuses au tracé net et résolu sur des fonds qui ont l’éclat monochrome et entêtant d’un magenta riche et sensuel. Degas, oui, car comme chez le Français, la danse est une affaire de cadrage, de découpe de l’espace. Prélever un élément, jambes, visage aux yeux clos comme sur un Redon, l’isoler sur le rouge velouté appliqué sur le reste de la toile comme on met au point une photo (tel tableau ne garde d’ailleurs du corps d’une danseuse que les membres inférieurs en mouvement, évoquant Muybridge ou Marey) : c’est ainsi que Katz recompose, ou plutôt décompose, la danse et ses corps. Mais décomposition n’est pas mutilation, ses tableaux ne sont pas des tables d’anatomie : chacun concentre, comme dans un microcosme de forme et de couleur, toute l’essence de la danse. Le cadre, comme celui de la photo, fait office de révélateur. Suggère que la géométrie réglée des évolutions d’un ballet, qui peut confiner à l’abstraction, n’est que la surface de l’art, qui est aussi intériorité, introspection, descente rêveuse en soi – témoin ces visages, absorbés par on ne sait quelle méditation. A moins qu’il ne s’agisse, en étirant le long d’une toile rectangulaire le geste d’un bras, de rappeler que les lignes de la danse sont celles du corps, que la moindre partie de celui-ci contribue à l’ensemble. Alex Katz ou l’art de l’encadreur…