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Primé au festival de Brive, Artémis, coeur d’artichaut d’Hubert Viel est une séduisante et mélancolique comédie de vacances tournée en Super 8.  

Les dieux sont des gens comme tout le monde. Ils ont des coups de mou, des fous rires, des animaux de compagnie. C’est en tout cas le postulat d’Artémis, coeur d’artichaut, d’Hubert Viel. La déesse grecque de la chasse Artémis (Frédérique Barré) se retrouve en fac de lettres modernes à Caen, et se laisse un peu vivre, n’ayant pour seuls compagnons qu’un chat et des enfants qu’elle baby-sitte. Poussée par le narrateur/ réalisateur (interprété par Hubert Viel), elle rencontre tout de même, à la cantine de l’université, la sémillante Kalie (Noémie Rosset, parfaite). Les deux copines s’établissent en colocation, et entreprennent un mini road trip sur les routes de Normandie. Artémis, tourné en Super 8 et monté en noir et blanc, dès lors, semble s’orienter vers le film de vacances, évoquant au passage (comme Le Marin masqué de Sophie Letourneur auquel on l’a beaucoup comparé) les figures tutélaires de nombreux cinéastes contemporains : Jacques Rozier et (dans une moindre mesure) Éric Rohmer.

Malgré ces parentés, Hubert Viel s’avère surtout un astucieux scrutateur d’une jeune génération et d’un milieu provincial, menant ses deux héroïnes jusqu’à une scène de fête mémorable. La soirée, dans une maison, mêle chansons à la gratte et répliques de drague un peu ridicules, et avec peu d’éléments, Hubert Viel parvient à animer ce qui ressemble bel et bien à une soirée d’étudiants de province. Cette capacité à capter un humour, une humeur est agrémentée d’un merveilleux cocasse, comme lorsque Artémis met en déroute, à coup de foudre, des policiers tatillons dérangeant son pique-nique et malmenant la nymphe Kalie. Un peu plus tard, elle se débarrasse d’un prétendant en le changeant en cerf, ne pouvant se résoudre à se laisser approcher par un homme. C’est une des belles idées de la mise en scène : le personnage d’Artémis est la superhéroïne (puisque ses pouvoirs sont une parade à un handicap sentimental) d’un film en Super 8, et les effets spéciaux s’invitent dans le régime d’image le plus fragile qui soit. En vraie superhéroïne, Artémis devra se réconcilier avec son passé pour être heureuse. C’est chose faite, en bout de course, lorsque surgissent des souvenirs d’enfance d’un chalet de montagne, les seules images en couleur, qui font écho aux mêmes images en noir et blanc vues au début du film. De cette comédie mélancolique on retiendra donc la belle morale suivante : il faut travailler à colorer son passé.