Théâtre : Ponce Pilate à la MC93

Par Oriane Jeancourt Galignani
le Samedi 18 Novembre 2017

pilate

Ponce Pilate n'était-il qu'un gouverneur qui s'en lavait les mains ? Pas dans le récit de Roger Caillois, adapté pour la scène par Xavier Marchand et présenté à la MC93. A l'aide de marionnettes et de comédiens, le metteur en scène recrée ces quelques heures qui ont changé l'Occident.Rencontre



Oriane Jeancourt Galignani : Vous définissez cette pièce comme « une tempête sous un crâne », qu'entendez-vous par là ?

Xavier Marchand : Ce récit de Roger Caillois déroule toutes les réflexions qu'a Ponce Pilate durant ces quelques heures de l'aube. Il est soumis à des considération politiques et morales qui sont développées par toutes les personnes qu'il rencontre, et en particulier par les responsables du Sanhédrin, hauts dignitaires représentant une partie de la communauté juive, qui font pression sur lui pour qu'il fasse exécuter le Christ, puisqu'il représente un danger, remet en cause le fait du dieu unique. C'est une affaire politique à laquelle s'ajoute toute une réflexion morale. C'est tout un jeu de report de responsabilités : Judas, par exemple, apporte l'idée que la traitrise a été dictée par Jésus, et il vient dire à Ponce-Pilate qu'il doit assumer son rôle de condamnateur. Il y a aussi le seul personnage inventé, Mardouk, versé dans l'histoire des religions et des mathématiques qui lui décrit ce que le christianisme va engendrer pendant les siècles, et il lui conseille de faire condamner le Christ. Pilate finit par s'endormir sans prendre de décision.

O.J.G. : Ponce Pilate n'est donc pas chez Caillois un simple fonctionnaire qui s'en lave les mains ?

X.M. : Ce n'est pas forcément une grande personnalité, il louvoie. Mais il sait que le Christ n'est pas un criminel, et il réfléchit beaucoup. La peinture de cet homme a fasciné tant d'écrivains, de Dante à Boulgakov. Une personne prise dans un noeud historique, à un âge où sa carrière est derrière lui.

O.J.G. : Vous faites appel à des marionnettes pour la première fois. Pourquoi ?

X.M. : Je me suis demandé à qui j'allais confier le rôle du Christ. Je me suis demandé si je pouvais, en tant que spectateur, croire à la représentation d'un personnage aussi représenté. Je me suis demandé quelle distance on pouvait apporter à cette figure. Il fallait que ce soit une marionnette. C'est une technique très particulière. Je dirige les marionnettes comme je dirige des comédiens.

O.J.G. : Vous allez souvent chercher des textes nonthéâtraux...

X.M. : C'était un défi de trouver une théâtralité pour Roger Caillois. Je voulais aussi faire redécouvrir son écriture. C'est une de mes préoccupations majeures, comme lorsque j'ai monté John Edgar Wideman, Dylan Thomas. Etre un passeur de textes.

PONCE PILATE, L'HISTOIRE QUI BIFURQUE d'après Roger Caillois, mise en scène Xavier Marchand, MC93, du 8 au 18 novembre

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