Miwa Nishikawa adapte son propre roman. Rencontre avec la réalisatrice

Par Damien Aubel
le Mardi 28 Novembre 2017

nishikawaAvec The Long Excuse, Miwa Nishikawa adapte son propre roman. Où comment un deuil réunit un écrivain hype, un routier et deux enfants. Et réussit à rénover brillamment le film psychologique. Rencontre avec la réalisatrice. 

Pourquoi avoir choisi d'adapter votre propre roman ? 

L'idée de départ m'est venue après avoir vu les innombrables reportages diffusés après le grand tremblement de terre qui a touché le Japon en 2011. Je me suis dit que l'immense majorité des gens ressentait une grande tristesse à l'annonce de la disparition de leur famille ou de leurs amis. Mais que certaines personnes devaient avoir des sentiments plus partagés, plus amers. J'avais déjà écrit un roman avant, qui n'était pensé que pour être un roman. Mais cette fois-ci, je l'ai écrit en pensant spécifiquement en tirer un film, par la suite.

On est frappé, un peu comme chez Kiyoshi Kurosawa, par l'attention portée aux détails du quotidien...Pourquoi les mettre ainsi en relief ? 

Je ne suis pas particulièrement douée pour raconter des histoires avec un fort imaginaire, type science-fiction ou pour décrire des scènes d'actions. Mon goût naturel me porte vers les relations entre les personnages et la description de ce qui les traverse et les change. Cela passe pour moi par les détails de la vie quotidienne et leur signification. Ils sont pour moi bien plus émouvants.

Les enfants jouent un rôle-clef : comment avez-vous travaillé avec ces jeunes acteurs ? 

A vrai dire, je n'avais jamais travaillé avec des enfants auparavant. Et pendant le tournage, j'ai réalisé à quel point il est plus facile de travailler avec des acteurs....adultes ! J'ai aussi rapidement compris qu'il était illusoire de penser que le planning se déroulerait comme prévu, en travaillant avec des enfants. Mais c'est aussi au travers de ces difficultés que je me suis interrogée sur la manière dont je formulais les choses : peut-être pourrais-je être un peu plus patiente, et attendre qu'ils soient à l'écoute ? J'ai eu l'impression que toute l'équipe en a appris et retiré quelque chose. Bien que cela soit difficile, cela a aussi été très joyeux !

Vous aimez les mélos ? Quels sont ceux qui vous ont influencée ? 

Je suis loin d'être une experte des mélodrames. J'en ai déjà vu, mais je n'ai pas été particulièrement émue, en les voyant. En revanche, si je devais citer un film et un drame humain bouleversant et qui est une référence pour moi en matière de cinéma, je choisirai Kramer contre Kramer de Robert Benton.

Vous avez travaillé avec Kore-eda et son chef opérateur Yutaka Yamasaki qui a fait l'image d'Après la tempête : qu'avez-vous retiré de cette collaboration ? 

Je connais Yutaka Yamasaki depuis 20 ans. Nous sommes aussi proches qu'une famille et il n'existe aucune barrière entre nous. Kore-eda est le genre de réalisateur qui part d'une idée originale, effectue des recherches poussées, se documente, lit beaucoup, écrit et réécrit le scénario, fait le montage et toute la promo lui-même ! Cela m'a beaucoup influencée, surtout pour les projets que j'ai écrits. Il est très calme, sur le plateau. Plutôt que d'embarquer tout le monde dans son univers, il créé une atmosphère et une ambiance qui permettent à chaque acteur de s'épanouir. Il a également un deuxième assistant réalisateur, poste que j'occupais, à qui il demande son avis sur les plans, etc. J'ai essayé cela pour la première fois sur ce film, en travaillant avec une jeune assistante réalisatrice qui avait travaillé avec Kore-eda. C'était un peu déstabilisant au début. Au Japon, sur le plateau, tout ce que demande un réalisateur est fait. Aussi j'étais un peu inquiète à l'idée que l'équipe pense que je n'arrivais pas à prendre une décision, à me faire une idée. Mais ça s'est vraiment bien passé.

 

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