Révolutions de papier

Remous littérature
Par François Bégaudeau

revolutionsOn l'a partout entendu depuis septembre, la révolution serait de retour en littérature. Deux écrivains incarneraient cette ferveur politique : Yannick Haenel et le primo-romancier Loïc Merle. Mais leurs livres sont-ils réellement révolutionnaires ? Nous en faisons une autre lecture.  

Le chaos est insupportable. Le chaos d'une rentrée littéraire est insupportable. Il faut l'ordonner, la baliser, donner des repères aux pauvres petits lecteurs perdus dans la tourmente. En journalisme, un repère s'appelle une tendance. Parmi les sept cents romans de septembre, une poignée a suffi à dégager une tendance politique, parmi lesquels ceux de Garcia, Vasset, Merle, Haenel. On s'arrêtera ici sur les deux derniers. Qu'est-ce qui vaut à L'Esprit de l'ivresse et Les Renards pâles cette prestigieuse estampille ? Plus précisément, qu'est-ce qui s'y avance sous le nom de « politique » ? Une fois n'est pas coutume, partons du général. Si une enquête sur un crime vous pose un polar, qu'est-ce qui dans un roman, fait venir « politique » à la bouche des commentateurs ? Pour la faire courte, trois choses : le roman politique apporte son tribut à la réflexion idéologique, documente l'état d'une société, met en scène des acteurs politiques (exercices du pouvoir, du militantisme, de la conscience citoyenne). Ces trois voies cohabitent souvent dans le même ouvrage, l'une appelant les deux autres. Histoire de donner un exemple et de préciser d'emblée que « politique » n'est pas un gage de qualité, citons La Condition humaine. Chez nos deux auteurs dits « politiques » de la rentrée, aucune des trois voies n'a cours. 

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