Proust a tout dit

William Friedkin sort ses mémoires, Friedkin Connection, en France. L'occasion rêvée d'écouter ce monstre sacré nous confier ses obsessions. Où il est question de Proust et d'Al Pacino, de chaise électrique et de courses-poursuites...
Par Damien Aubel

remous 828h du matin. Côte ouest des États-Unis. Sonnerie du téléphone. Gros plan sur la main qui empoigne le combiné. Nappes de musique anxiogène. Travelling arrière. Un visage familier, avec ses lunettes. Celui de William « l'exorciste » Friedkin. Voix sépulcrale. Clap de fin : c'était le petit film fantasmé qu'on s'est tourné intérieurement pendant les deux jours qu'on a passés à dévorer ses monumentaux mémoires. Mais le peintre de l'underground SM gay de La Chasse, l'homme de la fellation à base de poulet frit dans Killer Joe nous répond au téléphone avec affabilité et générosité. S'il s'interrompt, ce n'est pas pour rejouer la French Connection avec un shoot d'héro, mais pour se resservir un café. À soixante-dixneuf ans, malgré une carrière en dents de scie, une crise cardiaque qui l'a terrassé en quatrevingt, l'homme reste identique à lui même : passionné jusqu'à l'obsession, infatigablement curieux. Et surtout farouchement indépendant.

Si vous vous demandez ce qu'est un cinéaste indé, vous pouvez oublier les petit s jeunes barbus de trois jours de Sundance et vous plonger dans cette Friedkin Connection, troussée avec un sens rare de la scène (on n'est pas cinéaste pour rien). Autoportrait fourmillant, rafales d'anecdotes tous azimuts, décortiquage de la fabrique de ses films – ce Friedkin-là est une somme.

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illustrations Rocco

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