Politique de quoi?

Les Cahiers du cinéma diagnostiquaient récemment un « vide politique du cinéma français ». Décorticage
Par François Bégaudeau

remousPour discuter, il faut être un peu d'accord. C'est le sentiment d'un accord global qui nous a donné envie de revenir sur le dossier « Le vide politique du cinéma français »,dense et riche de propositions conceptuelles, livré par Les Cahiers en septembre dernier.

Pour discuter, il faut n'être qu'un peu d'accord. Forcément incomplètes, certaines des questions soulevées par la rédaction appellent d'autres questions, et quelques objections.

Aucune intention polémique ici. Plutôt l'envie de saluer un bel effort de synthèse en prolongeant le geste. Et de saisir l'occasion d'approcher encore la chose familière et lointaine, revêche et offerte, précise et fumeuse, qui porte le nom de politique.

Contradiction

Il est fatal que d'un texte à l'autre d'un dossier qui en compte sept, des contradictions se fassent jour. C'est le lot de toute démarche théorique collective, dont chacun des contributeurs, et c'est heureux, ne se laisse pas réduire à une ligne. Delorme n'est pas Tessé qui n'est pas Malausa qui n'est pas Béghin qui n'est pas Kantcheff qui n'est pas Lepastier, et l'on aurait jeu facile de les prendre en défaut de cohérence.

Plus loyal sera de partir de la contradiction interne d'un même texte, l'édito de Stéphane Delorme qui ouvre les festivités. Sitôt établi le constat programmatique que le « cinéma français fait tout pour se débarrasser de la politique », il distingue nettement le politique et le social. Le second serait même le principal fossoyeur du premier, du moins le meilleur moyen de son évitement, le nom « cinéma social » s'étant « substitué à ceux de cinéma politique, militant ou engagé ». Alors survient la contradiction, qui relève du paradoxe assumé : restituer une réalité sociale ne suffit pas à être politique, car la grande insuffisance des films sociaux est qu'ils « nous coupent de tout “social" ». Tout est dans les guillemets : le social n'est pas le « social ».

Cette réminiscence, consciente ou non, de la différence fameusement pointée par les Inconnus entre bon chasseur qui tire et mauvais chasseur qui « tire » demande éclaircissement. À la base, une équivalence élémentaire est posée entre élan politique et saisie du réel. Le vide politique du cinéma français réside d'abord dans la mise à distance du contemporain. Soit qu'on reproche à tel film de faire « l'économie de toute description informée », et d'évoluer dans une « sphère séparée », relevant d'« imageries coupées du réel » ; soit qu'on observe la vogue d'un « cinéma muséal » prompt à s'affubler de costumes pour se parer du vif de notre époque, ou à le maintenir dans un arrière-plan flouté, comme dans Un Français : « Comment se prétendre objet de lutte contre le FN alors que le nom même du parti n'y est jamais prononcé ? », écrit Lepastier ; « Plutôt que d'appeler un chat un chat, le film ronronne dans sa plongée pittoresque dans un inframonde périmé. » Ce flou artistique culminant dans la « picturalité vaporeuse » d'un film comme Les Anarchistes.

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