Nouveau rappel à l'ordre avec lequel Transfuge n'est pas d'accord

La littérature française contemporaine souffrirait-elle de sa démocratisation ?
Par François Bégaudeau

dossier98% des essais sur la littérature française contemporaine en dressent un tableau sombre. Il y aurait quelque pertinence à lier cette statistique officielle à des paramètres contextuels : état objectif du champ étudié, séquence dépressive du pays, valeur marketing supérieure de la déploration. Elle résulte pourtant avant tout d'un fait textuel. Puisque l'ambition de l'essayiste est générale, puisque son objet concerne des dizaines de milliers de livres, puisque l'objectif est de pointer-déplorer des tendances lourdes et lourdissimes, il en vient mécaniquement à se concentrer sur le majoritaire, comme Philippe Vilain le reconnaît et l'assume dans une note de La Littérature sans idéal . Or le majoritaire est, en tant que tel, médiocre. Le nombre pris en tant que nombre est faible. Sur le nombre, le cinéma français est faible, la télé française est faible, et le rugby français, et la chanson française, et l'alouette française. Un bilan général revient toujours à dégager le plus petit dénominateur commun du commun. Notre littérature connaîtraitelle un regain de vigueur, les essais sur elle demeureraient négatifs.

Reste qu'un diagnostic unanime ne met pas les médecins à égalité. Disons-le : cet essai laborieux, dans le sens appréciatif où Vilain utilise ce mot, est largement au-dessus du lot. Ne serait-ce que parce que Vilain tâche d'y dégager des synthèses conceptuelles (voir les pages sur le « post-réalisme », sur le triomphe du singulatif au détriment de l'itératif, etc.), et le fait en s'appuyant sur de nombreuses productions contemporaines – quand un Todorov, il y a dix ans, n'avait pas jugé utile d'ouvrir des livres pour pontifier sur l'état de la littérature locale.

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