L'Europe vue par Georges-Arthur Goldschmidt

Malmenée par un grand nombre de candidats, défendue par quelques-uns, l'Union européenne redevient un enjeu majeur.
Par Propos recueillis par Oriane Jeancourt Galignani et Vincent Jaury

La question européenne, on l'a vu pendant les élections présidentielles, est de nouveau centrale. Malmenée par un grand nombre de candidats, défendue par quelques-uns, l'Union européenne redevient un enjeu majeur. C'est pourquoi nous lançons une série d'entretiens avec des penseurs et écrivains, pour mieux comprendre ce qu'est l'Europe, d'hier, d'aujourd'hui et de demain. En commençant par le linguiste franco-allemand, Georges-ArthurGoldschmidt, fin connaisseur de l'Allemagne.
 

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photo Frank Ferville 

Nous voici lancés dans un voyage. Une plongée parmi les écrivains, les penseurs de l'Europe d'aujourd'hui. Pourquoi l'Europe en 2017 ? Par conviction ? Oui, sans aucun doute, Transfuge,  s'il a évolué en plus de treize ans d'existence, ne s'est jamais départi de son élan premier : le cosmopolitisme. C'est-à-dire la croyance fondamentale que l'altérité, le métissage, l'ouverture des frontières, le multilinguisme, le multiculturalisme, ne sont pas simplement nos chances, mais les conditions de notre avenir. "Si les arbres ont des racines, moi j'ai des jambes" écrit George Steiner. Nous sommes européens. Nous sommes foncièrement ce que Heidegger désignait avec mépris, et une part évidente d'antisémitisme, des « consciences flottantes ». Le philosophe de la Forêt noire croyait au contraire au Bodenständigkeit , au fait de se tenir les pieds bien ancrés sur une terre précise. Voici le philosophe qu'une part de la pensée française a sacralisé longtemps après guerre et qu'elle continue pour une petite part à croire indépassable. Voici la pensée de l'être littéralement « debout sur le sol » qui nourrit encore les pensées radicales et anti-européennes qui partagent cette volonté de ramener chacun au lieu, au pays, à la culture, à la classe dont il est issu. Brûlez les ailes d'Icare, pourrait être leur slogan commun.

Mais si nous lançons une série d'entretiens sur l'Europe, c'est aussi pour saisir l'occasion de rencontrer les penseurs et écrivains les plus féconds, et les plus incisifs de notre époque. C'est là la première leçon du travail préparatoire de cette série : la question européenne génère aujourd'hui une pensée d'une richesse inouïe. Parce qu'il s'agit d'inventer l'avenir de la démocratie, la fin de l'Etat-nation, les métamorphoses de la culture, la mixité des langues, la liberté de circulation, la guerre aux populismes, la déradicalisation des esprits, l'égalité sociale et économique. Non pas de créer une utopie, bannissons ce mot trop souvent lancé par les sceptiques aux penseurs de l'Europe, mais de dépasser les schémas d'une pensée figée dans un héritage du XIXe siècle, qui voit encore le monde divisé entre nations. Laissons cela à Trump, Poutine, Erdogan, aux hommes sans imagination. Les hommes et femmes que nous nous apprêtons à rencontrer ont tous accompli ce travail de régénération, sans lequel la pensée se sclérose et ânonne quelques obsessions qui, pour s'octroyer une réalité, font appel à la haine, à la peur.

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