HOUSE OF CARDS A L'AIR DE TRUMP

Le 30 mai sera diffusé sur Netflix la cinquième saison de House of Cards. En attendant les prochains crimes du président Underwood alias Kevin Spacey, enquête dans les milieux politiques et intellectuels, pour comprendre pourquoi la série de David Fincher
Par Oriane Jeancourt Galignani

HOUSE OF CARDSFévrier 2015, La tempête Octavia a touché l'Est des Etats-Unis. Une vague de froid inédite paralyse une grande partie du pays. A New York, des blocs de glace s'entrechoquent sur l 'Hudson. Beaucoup d'Américains ne vont pas travailler et consacrent leurs journées au bingewatching avec la boulimie des grands enthousiastes : la saison 3 de House of Cards  commence sur Netflix. Difficile de résister à Franck et Claire Underwood, devenus les Mr et Lady Macbeth d'un Washington nocturne et envahi d'ordures. « Democracy is so overrated », relit-on au début de chaque épisode : oui, la démocratie est largement surestimée, mais pas la valeur de cette intrigue qui peut voir un viceprésident pousser une journaliste sur les rails du métro, ou une First Lady menacer un diplomate russe dans les toilettes de l'ONU.

L'ascension trouble du député démocrate du Sud jusqu'au bureau ovale a été saluée par toute l'Amérique, jusqu'à Barack Obama qui s'est demandé comment Franck Underwood réussissait à être aussi efficace pour faire passer ses lois. Qui eût cru que l'idée de David Finchertransposer aux Etats-Unis une série britannique fondée sur le complot des conservateurs contre Margaret Thatcher et romancée par un député conservateur, Michael Dobbs- aurait un tel succès ?

Or, ce 18 février 2015, un article du Hollywood Reporter  vient rompre l'unanimité critique et populaire autour de la série. Tim Goodman écrit : « ridicule devient le mot clé pour définir à peu près tous les rebondissements de House of Cards  ». Cette série fondée, argue-t-il, sur la crédibilité politique de son intrigue, tourne à la comédie burlesque. Deux mois plus tard, l'écrivain Daniel Mendelsohn lui fait écho dans un article d'Harper's Magazine  sur l'intrigue politique à la télévision, s'interrogeant sur la fin de la saison 3, et la guerre déclarée entre le couple Underwood. Cette fiction politique qu'il place au début de son article en filiation avec l'Orestie,  buterait dans cette saison sur ce qu'il appelle le « problème Cromwell », l'incapacité de raconter le pouvoir à partir du moment conquis de haute lutte. L'ennui de la paix qui mène la série à s'enliser dans une histoire de couple, et à virer au soap .

En France, le spécialiste des relations internationales Dominique Moïsi, dans son livre La Géopolitique des séries,  juge à son tour la série caricaturale, née d'une vision pessimiste, univoque, dépassée, fondée sur Machiavel et Hobbes, l'école dite réaliste de l'histoire politique, mue par l'idée que chaque individu ne défend que ses propres intérêts. House of Cards nierait tout idéal des systèmes supranationaux, pour ne voir que des hommes et des Etats en recherche de puissance. Simpliste. A Washington, on est encore plus gêné par la noirceur de la série, comme le formule Benjamin Haddad, chercheur en relations internationales dans le think tank Hudson Institute au coeur de la capitale politique : « Washington est aussi une ville de gens passionnés et intelligents, venus des quatre coins des US par conviction. Evidemment, comme partout l'ego, l'ambition se mêle à des valeurs et convictions réelles mais ce n'est pas la ville sombre et froide des Underwood. C'est aussi une ville de débats intenses et riches. » D'autres voix de Washington renchérissent. Pour toucher au nerf de la politique américaine, mieux vaut suivre la série Veep,  assure Rosie Gray, journaliste à The Atlantic  : « le chaos, l'irrationalité qui domine les décisions de la vice-présidente me semblent beaucoup plus juste que la volonté noire et complotiste de Frank Underwood. »

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