Francis Scott Fitzgerald

Fitzgerald, la chasse au bonheur
Par Damien Aubel
remous fitzgeraldFitzgerald est plus actuel que jamais : sortent simultanément un recueil d'entretiens avec l'auteur (Des livres et une Rolls, Grasset) et l'ouvrage de Liliane Kerjan, Fitzgerald le désenchanté (Albin Michel). C'est l'occasion de décaper un peu la statue romantique de l'enfant chéri mélancolique fauché par l'alcool. Et si, sous les images d'Epinal, se dissimulait un homme heureux ? Si ce n'était pas le ratage, mais le bonheur qui l'obsédait ? Portrait d'un happy Gatsby...
 

C'est le scénario idéal pour un biopic tirelarmes, une superproduction à paillettes et à gros moyens racoleurs (bolides rutilants,chapeaux cloches, gros plans à foison sur les cadavres de bouteilles au petit matin, la fête finie). C'est une histoire d'ascension insolente et de chute retentissante, l'histoire de l'ange juvénile surdoué aux « cheveux blonds ébouriffés » portraituré dans un article de 1923 (Metropolitan Magazine, repris dans Des livres et une Rolls, Grasset, tout juste sorti) tourné pochetron dépressif et scribouilleur impuissant. Un damné, précipité dans « l'envers du Paradis », avec « aussi peu d'espoir dans son coeur qu'il y avait de soleil dans les ciels dégoulinants, pleins de nuages, qui cachaient la Sunset Mountain », comme on le lisait cruellement dans le New York Evening Post en septembre 1936 (Des livres et une Rolls). Francis Scott Fitzgerald, l'enfant terrible des twenties rugissantes serait le énième avatar du culte romantique de l'échec. On connaît la litanie : la folie de Zelda, le gin, les frasques new-yorkaises, la « fêlure », mais aussi Gatsby et l'envers sombre du rêve américain, la déchéance de Dick Diver (Tendre est la nuit)... Un incurable mélancolique, un névrosé tragique, voilà ce qu'était ce « papillon » aux ailes meurtries, pour reprendre le mot d'Hemingway, l'ex petit camarade de la Lost Generation. Francis Scott lui même ne s'est pas privé pour en rajouter dans le registre pathétique, confiant dans ses Carnets qu'il parlait « avec l'autorité de l'échec ». Mais Fitzgerald, c'est un peu Gatsby : un type qui ne cache pas trop bien son jeu. Car le glamour morbide de la mélancolie, l'obsession de l'échec ne sont que des façons de maquiller l'essentiel : Fitzgerald et ses héros partent comme Stendhal à la chasse au bonheur. Ils y croient, et ils le trouvent.

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