Fausse monnaie

Par Damien Aubel & Vincent Roy

L'ARNAQUE PENNAC

C'est le romancier le plus encensé de cette rentrée littéraire : Daniel Pennac.
Et pourtant Le Cas Malaussène I : ils m'ont menti est un des pires livres que Transfuge a lus pour vous. Analyse d'un faux grand roman populaire.
Par Damien Aubel

Hugo ? Aux oubliettes. Eugène Sue ? Laissez-moi rire ! La cause est entendue. Daniel Pennac, dont la presse littéraro-culturelle fait ses choux gras en cette rentrée (à côté Trump et Fillon sont des soutiers des médias, condamnés à l'entrefilet occasionnel), avec un unanimisme de finale bleu-blanc-rouge de Coupe du monde, est notre Grrrrand Romancier Populaire. Étiquette qui est à la littérature ce que le Label rouge est aux poulardes bressanes : un gage de romanesque élevé en liberté, au bon grain sans OGM du pur plaisir narratif. Cuisse, pardon, pièce de choix, son dernier opus, qui réactive la saga Malaussène. Efflorescence du personnel (grand seigneur, Pennac nous donne un index pour nous repérer dans le foisonnement des noms). Intrigue thrilleroïde, raccordée au mondecontemporain- et-à-son-actualité-la-plusbrûlante (marque déposée), en l'occurrence les sommes obscènes brassées par nos modernes chevaliers d'industrie : une histoire d'enlèvement de businessman, avec parachute doré et rançon coquette. Car le roman, n'estce- pas, et surtout quand il est « populaire », est une caisse de résonance du réel. Mais avec saupoudrage de fantaisie gentiment surréelle (après la fonction « discours sur le monde », c'est la fonction « évasion ») en l'occurrence, les états-civils foutraques du clan Malaussène : C'Est Un Ange, Verdun et tous les autres qui gravitent autour de Benjamin Malaussène. Mais voilà, ce Pennac-là, l'héritier présomptif des grands plumitifs du roman-feuilleton, n'est qu'une illusion. Un personnage encore plus fictif que ceux de ses livres.

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UNE FINESSE PERDUE

Une jeunesse perdue, oui, et un roman de Jean-Marie Rouart qui prend l'eau.
Par Vincent Roy

Oh, Jean-Marie Rouart se prend pour Dino Buzzati, l'auteur d'Un amour! Il sait que le ridicule ne tue pas alors il se lance. Il est plein d'énergie, on pourrait même dire plein de sève - il le prouvera. Il va lui aussi raconter l'histoire d'un vieux qui tombe en extase devant une petite jeune, se la tape, l'entretient, devient jaloux, malheureux, ruiné, etc. Chez Buzzati, la jeune prostituée est une Madone d'Antonello da Messina. Chez Rouart, c'est un portrait de Burne- Jones. C'est une affaire d'ambiance. La comparaison s'arrête là. Rouart n'est pas Buzzati et pour s'en convaincre - s'il était besoin -, voici quelques phrases de l'Immortel : « Au lit, il y a les femmes fleuves, alanguies et somnolentes ; il y a les femmes fleurs, odorantes, fragiles et fades ; les femmes pieuvres, souples, silencieuses et avides, qui s'enroulent sur un corps comme autour d'une proie. Et puis, il y a les femmes tempêtes, violentes, bruyantes, acharnées au plaisir. Valentina était une femme tempête ». Buzzati, lui, n'est jamais ridicule.

Bon, vous l'aurez compris, la proie du barbon s'appelle Valentina. Elle est un peu russe, elle évolue avec « la grâce et l'élégance d'une goélette toutes voiles dehors » - à n'en pas douter, notre académicien a le pied marin mais ça ne lui servira pas dans la tempête intérieure qu'il devra essuyer. Oui, car ce livre est moral au fond : quand le bon bourgeois s'encanaille, il paie l'addition. Pas de blague.

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