Alain et Alain

Par Damien Aubel

alain et alainFeu Alain Resnais était un cinéaste changeant. Ce qui ne l'a pas empêché de cultiver la fidélité : jusqu'à Aimer, boire et chanter, actuellement en salle, il a tourné sous le signe d'Alain Robbe-Grillet.

Docteur Alain et Mister Resnais. Le mois dernier, ce n'est pas un, mais deux cinéastes qui disparaissaient, deux légendes françaises qui rejoignent ad patres le panthéon du cinéma national – et mondial. Docteur Resnais : le laborantin manipulateur de formes, qui pousse les possibilités plastiques et narratives du cinéma dans leurs ultimes retranchements. Celui qui est entré dans tous les manuels avec ses deux films matriciels, véritables manifestes de toute une modernité cinématographique : Hiroshima (59) et Marienbad (61). Avec cette doublette d'incunables du radicalisme formel, il transformait ses coups d'essai en coups de maître. Cette veine-là irrigue toujours des films comme Je t'aime, je t'aime (68), avec sa mécanique détraquée de la mémoire et ses rétropédalages temporels, elle court aussi dans Providence (77), qui montrait les hésitations, les repentirs et l'omnipotence de la psyché d'un écrivain vieillissant (et considérablement éméché). Mais à ce Resnais-là, cérébral et tour à tour grave et espiègle, s'est superposée une autre figure, celle du gentleman cinéaste, directeur débonnaire d'une troupe de vieux copains (les Arditi, Dussollier et autres Azéma) qui joue sa petite partition faussement modeste avec une élégance amusée et distille un humour doucement « nonsensique ». C'est le Resnais qui récolte les faveurs du grand public (On connaît la chanson, 97), qui s'est entiché du boulevard british du dramaturge Alan Ayckbourn qu'il sollicite pour Smoking/No Smoking (93), Coeurs (2006) et cet Aimer, boire et chanter dont il ne verra pas la sortie en salle. Schizophrénie d'Alain Resnais ? Vieillissement et émoussement du tranchant moderniste ? Peut-être. Reste en tout cas qu'une figure récurrente, presque obsédante traverse l'oeuvre, que son influence hante nombre de ses films et qu'elle est commune aux deux Resnais : celle d'Alain Robbe-Grillet.

[...]

EXTRAIT... ACHETER CE NUMÉRO

Retour | Haut de page | Imprimer cette page