Tom Wolfe

Par Hubert Prolongeau

N'avions-nous pas l'air assez chics ? Est-ce le lourd appareillage que le photographe portait sur son dos qui suscita la méfiance? À l'entrée du luxueux immeuble dont Tom Wolfe occupe un des étages, le gardien noir nous fait passer par l'escalier de service. La femme de l'écrivain, Sheila, brune, mince, la cinquantaine élégante, se désole de la méprise et nous introduit dans le salon. Les meubles y sont somptueux, l'ensemble harmonieux et de bon goût. Des photos du couple ornent chaque commode. Au mur s'étalent de grandes affiches de chapeliers célèbres (Borsalino,...), indices de l'une des passions du maître, et des affiches de la revue « Simplicissimus ». La bibliothèque grimpe le long de la moindre cloison : on y trouve pêle-mêle l'essentiel des grands Américains du temps (Pynchon, Auster, Fitzgerald...), de nombreux documents dont plusieurs à la gloire de George Bush, et, dans un petit coin, en français, l'intégrale de Philippe Labro dont les dédicaces évoquent son admiration pour celui qu'il appelle « Balzola », nom composé avec ceux de Balzac et de Zola. Un portrait en origami de Wolfe est sous cloche, étonnamment évocateur pour une création de papier.



Nous le surprenons à son bureau. Il se lève, vieil homme à la démarche un peu hésitante. La mèche blanchie tombe sur le visage. Sa maigreur inquièterait presque, mais l'intelligence du regard s'impose d'emblée. Le costume, comme le veut une légende soigneusement entretenue, est d'un blanc immaculé, ouvrant sur une chemise et une cravate bleues. Par la fenêtre, on aperçoit, baignés de la chaude lumière d'une après-midi d'hiver étonnamment douce, les squelettes dépouillés des arbres de Central Park.



Tom Wolfe a publié il y a quelques mois son troisième roman, Moi, Charlotte Simmons, charge contre les universités américaines dépeintes essentiellement comme un lieu d'échanges sexuels nourris et un refuge du conformisme de gauche. Tout le roman se passe à l'imaginaire « Dupont University », cache transparent des prestigieuses universités de la Ivy League, creuset de la vie politique et économique américaine. Une jeune fille innocente et pleine d'illusions y débarque... Comme ses deux précédents romans Le Bûcher des vanités (Sylvie Messinger, 1988) et Un Homme, un vrai (Robert Laffont, 1999), Moi, Charlotte Simmons, qui sort en France à nouveau chez Robert Laffont, a été accueilli à la fois par la ferveur du public et les ricanements d'une partie de la critique. Maître du « nouveau journalisme », auteur de ces reportages fameux que sont Acid Test (Seuil 1975) et L'Étoffe des héros (Gallimard 1982), l'homme est l'un des papes contestés de la scène littéraire new-yorkaise, d'autant plus contesté qu'il affiche ses sympathies pour l'actuel président américain. Une heure et demie d'entretien ont usé sa pétulance, pas sa courtoisie. Il s'y est donné à fond. Ironique, impétueux, injuste, parfois de mauvaise foi, souvent drôle, il a été un hôte, un vrai.







Le grand entretien n'est pas diponible en ligne

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