Paul West

Par Vincent Jaury

À l'occasion de la parution en France du roman Des poupées et des dieux, une des plus belles plumes américaines. Auteur de romans, de poésie et d'essais critiques. Œuvre marqué par l'excès, qui comprend une interrogation sur le sacré, sa prose est flamboyante, érudit.




Doc Hollyday n'a peur de rien. Il tue, égorge, n'a aucune attache, vit plus ou moins avec une prostituée. Ce cow-boy lettré, mystique, qui cite les poètes, se questionne sur Dieu, n'a peur de rien car à 21 ans, il est atteint de phtisie et sait qu'il va mourir. Ce nom vous dit quelque chose ? Bien sûr, Kirk Douglas dans Règlement de compte à OK Corral. Vous savez peut-être moins qu'il est le titre d'un des très beaux romans de Paul West.

Le romancier américain adore ce genre de personnages. Dans Des poupées et des dieux, roman qui vient de paraître en France, sorti en... aux États-Unis, Oswald n'a pas peur de grand-chose non plus. Jeune indien, il a quitté la tribu, les espaces vides, pour aller voir du côté des Blancs ce qu'il s'y passait. Excessif, car tout est excessif chez West, il décide d'aller tout droit à Hollywood pour jouer dans des films... pornos. Snuff pornos, ces films où l'acte sexuel devient boucherie et meurtre. La décadence de l'Occident, Oswald n'en peut plus, et décide de revenir au pays, les vraies valeurs, là où les dieux sont encore très vivants, où une sagesse est encore possible. Il y croise son oncle, qui est en fait son père car, il a beau y avoir des dieux, là aussi les hommes font n'importe quoi : l'oncle George sans scrupule a fait un enfant à la femme de son frère. Les hommes, Blancs ou indiens, riches ou pauvres, sont ignobles, ont une morale qui vacille. Finalement pas satisfait de cette sagesse ancestrale, Oswald s'engage pour le Vietnam en 1969, où il participera à la fameuse offensive de Dewey Canyon. La boucherie à son paroxysme, Oswald y participe dans une amoralité rare : il reconstitue un Vietnamien à partir de différentes parties de corps retrouvées sur le champ de bataille. Ignoble, encore, il ne trouve rien à redire à son acte de sauvagerie, sinon qu'il ne comprend pas pourquoi si tout le monde tue, ici, au Vietnam, on lui reproche cette petite oeuvre d'art. Fou, l'univers de West, démesuré. Oswald rentre au pays, sur la terre indienne, éberlué par tout ce qu'il a pu faire et voir depuis quelques années. Son apprentissage ne lui pas permis de trouver sa place. Et d'ailleurs, demande Paul West, trouve-t-on un jour sa place ? Quoi qu'il en soit, Oswald finit par regarder les étoiles, étudier l'au-delà, quitter le monde des hommes.

Paul West, entre Rabelais, Milton et Joyce, dans une prose  érudite, pleine de mysticisme mais aussi de violence, de sauvagerie, est un des immenses écrivains americains vivants, un oublié de taille, un géant baroque.

Rencontre avec un Oxfordien épris de lettres classiques, devenu ovni passionné d'astronomie.



Le grand entretien n'est pas disponible en ligne

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