Olivier Cadot

Ce qui excite les gens ce sont les enterrements
Par Oriane Jeancourt Galignani
Contrairement à ce qu'a déclaré Michel Houellebecq dans Libération, Olivier Cadiotjuge, dans notre entretien, le monde digne de poésie ! Il nous explique ses positionset revient sur son oeuvre, puissante et polymorphe. De L'Art Poétic' à Un mage en été,Cadiot affirme depuis vingt-cinq ans son goût des expériences, de la langue à la pensée.Discussion à bâtons rompus.
 

Olivier Cadiot est en guerre. Une guerre ancestrale, qui n'appartient à aucuncamp, celle d'une idée de la littérature, ou d'une littérature fondée sur des idées. Un roman armé jusqu'aux neurones, politique jusqu'à son dernier souffle :l'offensive Cadiot s'affirme en littérature depuis vingt-cinq ans. Pourquoi entendre Olivier Cadiot maintenant, en mai 2013 ? En février, il sortait un disque avec son ami Rodolphe Burger, surlequel il mêlait des lieder de Schubert, des textes de Celan, et d'autres voix allemandes sur fond, somptueux, d'électro. Le disque s'intitulait Psychopharmaka, psychotropes en allemand. Il est aussi actuellement en train de traduire Le Roi Lear, avec Frédéric Boyer, pour une mise en scène de Ludovic  Lagarde au prochain festival d'Avignon. Enfin, on peut lire ses textes, associés à ceux de Pierre Alferi, aux stations du tramway à Paris. Fuites allemande, élisabéthaine, musicale, théâtrale, urbaine... Cadiot, homme plastique, se réinvente à l'envi, fidèle dans ses métamorphoses au conseil de sa chère Gertrude Stein : « Conduisez vous de telle manière qu'il n'y ait plus rien d'important au centre. » Fabuleuses circonvolutions mais, pour être honnête, c'est l'homme en guerre que nous sommes venus voir. Nécessité, dans le brouhaha poétique et littéraire actuel, d'entendre la lutte de Cadiot.Dans cette insistance à vouloir annuler la poésie, alors qu'elle est déjà si discrète, on sent un désir fou, une jalousie dévorante. Vous, les « modernes », vous nous avez pris la poésie, ces petites fleurs fragiles, vous avez écrasé le bouquet avec vos grosses pinces structuralistes !Dans cette insistance à vouloir annuler la poésie, alors qu'elle est déjà si discrète, on sent un désir fou, une jalousie dévorante. Vous, les « modernes », vous nous avez pris la poésie, ces petites fleurs fragiles, vous avez écrasé le bouquet avec vos grosses pinces structuralistes !

Rassurez-vous, dans son antre des Buttes-Chaumont, l'homme ne m'accueille pas en armure, la gravité d'un Don Quichotte pendue au visage.Non, Olivier Cadiot, jovial, facétieux, s'entoure de peu de meubles et de beaucoup de mots. On pense à Flaubert à Croisset, au conflit qui faisait sa vie, la guerre à la bêtise, conflit passionnel, mené dans la langue, dans les livres qu'il s'épuise à composer au fil des années, au risque d'être malentendu, condamné. Flaubert qui, de son gueuloir, ne parvient pas à fermer la porte sur le monde qui l'entoure, les Bouvard et Pécuchet qui comptentet assènent de grandes vérités. Horreur des discours, chez Flaubert et Cadiot : guerre au refus de penser, nous y revenons, au blabla qu'aucun mur n'assourdit, ni en Normandie, ni aux Buttes.

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