Michael Cunningham

Par Alexandre Thiltges

Le rendez-vous est fixé à 15 heures au Caffé Reggio, situé en plein coeur de Greenwich Village. Bruits de manifestation près de Washington Park. Je m'approche. Il s'agit d'une commémoration de l'incendie de 1911, au cours duquel 146 couturières ont trouvé la mort, brûlées ou défenestrées, et auquel il est fait référence à plusieurs reprises dans le dernier roman de Cunningham. Drôle de coïncidence.



Le quartier n'a pas perdu son caractère bohème : le café Wha? est toujours au rendez-vous et l'on y sent la présence de Bob Dylan et des Beats. Rien n'a changé, en apparence. Sauf que les loyers ont été multipliés par dix et que le moindre studio miteux se loue dans les 2000 dollars par mois. Les bobos ont bel et bien envahi le Village.



Cunningham habite à quelques blocs d'ici et évidemment, depuis le succès des Heures, il n'a plus de mal à payer son loyer. C'est que le film de Stephen Daldry l'a subitement transformé en célébrité internationale. Entre deux romans, il travaille sur un scénario pour Julia Roberts ou Mick Jagger et reçoit des coups de fil de Julianne Moore et Martin Scorsese...



Né en 1952 à Cincinnati, dans l'Ohio, Cunningham grandit dans les banlieues de Los Angeles et vit aujourd'hui à Manhattan. Il passe deux ans dans le Midwest et suit les cours du prestigieux atelier d'écriture d'Iowa (où ont enseigné, entre autres, Kurt Vonnegut, John Cheever, Robert Coover et Philip Roth, et où Tennessee Williams, Flannery O'Connor, John Irving et Raymond Carver ont étudié). Cunningham commence à faire parler de lui grâce à ses nouvelles, publiées dans le « New Yorker », « Vogue » et « Esquire ». Il connaît un certain succès en 1990 avec La Maison du bout du monde, suivi cinq ans plus tard par De Chair et de sang. Consacré par la critique, son quatrième roman, Les Heures, a reçu aux États-Unis les prestigieux prix PEN/Faulkner et Pulitzer en 1999. Son dernier roman, Le Livre des jours, vient de paraître chez Belfond et promet de faire parler de lui.



Parmi le bric-à-brac accroché aux murs du café, un portrait de Whitman attire immédiatement mon attention. Cunningham fait son entrée en dégageant un charisme hors du commun : grand, bronzé et décontracté, il ressemble à un acteur sorti tout droit d'un film hollywoodien. Nous commandons nos cappuccinos et eaux gazeuses pendant que le vieux Walt nous observe du coin de l'oeil et semble penser que les feuilles d'herbe sont plus vertes ailleurs.







Le grand entretien n'est pas disponible en ligne

Retour | Haut de page | Imprimer cette page
 
Abonnez-vous au Club Transfuge !