Michael Chabon

J'aime le kung-fu et les comics
Par Introduction et propos recueillis par Damien Aubel

grand entretienNouvel opus de Michael Chabon, Telegraph Avenue est un roman pop : au rythme du rock et du funk, l'Américain nous fait suivre la destinée de deux disquaires californiens qui tentent, tant bien que mal, de survivre à notre époque. Un roman au beat parfait signé par un ancien prix Pulitzer.

"Pop literature" : l'expression évoque d'emblée des livreskleenex ou des romans-Haribo, de petits objets chatoyants, éphémères, outrageusement commerciaux. Tout faux, à s'en tenir en tout cas au dernier opus de Michael Chabon, ce Telegraph Avenue qui lorgne plus, ne serait-ce d'abord que par la taille, vers les dimensions imposantes du gros roman classique.

Bien sûr, Michael Chabon étant Michael Chabon, soit l'auteur des irrésistibles Extraordinaires Aventures de Kavalier & Clay, qui transmutent la culture des comics en matériau épique, Telegraph Avenue est saturé de références à la pop culture, en l'occurrence celle de la communauté noire des années soixante-dix. Le livre est traversé par les pulsations des basses et des orgues funk, hanté par l'imagerie des films d'action de la « blaxploitation », leurs afros, leurs déesses aussi sublimes que redoutables combattantes... Mais tout ce matériau, foisonnant et hyperdétaillé, n'est pas là pour caresser complaisamment le nerd dans le sens du poil ou pour ravir les nostalgiques impénitents du vinyle et des pattes d'eph : il sert d'abord à alimenter une impressionnante machinerie romanesque. Il y a Nat et Archy, les musiciens, et leurs femmes, Gwen et Aviva, des fils, des petits-fils et des pères perdus, le xxie siècle qui rêve des seventies funky : la pop culture, chez Michael Chabon, n'est jamais synonyme de paresse ou de pauvreté d'invention.

Sans doute parce qu'il sait qu'elle ne se réduit pas à un banal produit de consommation. À l'instar des Pynchon, et autres DeLillo, Chabon lui donne ses lettres de noblesse. Elle est le creuset où peut s'inventer une utopie, où peuvent s'araser les différences, à l'image de la musique d'un Hendrix, par exemple. Il suffit d'écouter l'oraison funèbre prononcée par Archy qui retrace le parcours de son mentor, Cochise Jones, lui aussi musicien : « Entre-temps, à la radio, Mr Jones entend Jimi Hendrix, il entend aussi Sly Stone. Pas juste des Blancs qui jouent de la musique noire, comme toujours, ou même des Renois qui jouent avec un style blanc, mais, vraiment, ce moment précis, ce moment unique, qui a duré quatre, cinq ans, et où les styles et les musiciens brassaient toutes leurs influences. » Rencontre avec un écrivain qui applique ce qu'il prêche et parle aussi bien de Joyce que de Tarantino.

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