Maylis de Kerangal

Grand entretien
Par Oriane Jeancourt Galignani

maylisMaylis de Kerangal, Prix Médicis 2010, revient avec un somptueux roman, Réparer les vivants, l'odyssée d'une transplantation cardiaque. Son livre le plus abouti.

On croyait connaître Maylis de Kerangal. On la savait habile à faire jaillir du sol américain un chantier et ses milliers de travailleurs dans Naissance d'un pont (prix Médicis 2010). On la savait minutieuse et grandiose à peindre les plongeons d'adolescents dans Corniche Kennedy. On osait résumer l'écrivain à son extraordinaire précision, à ce somptueux « matérialisme », mot qui lui est cher pour qualifier son écriture. On ignorait qu'elle pouvait être bouleversante. Au sens propre du terme, elle renverse le lecteur dans Réparer les vivants, le fait tomber dans une zone vibrante, l'accule à une émotion insoupçonnée. Maylis de Kerangal qui était jusque-là un écrivain de la retenue, rétive à toute forme de sentimentalisme, bascule avec ce livre dans une transcription inédite de la douleur humaine. Ainsi, ce passage voyant une mère, Marianne, dans un bar, une heure après avoir appris à l'hôpital que son fils, Simon, est cliniquement mort : « Ne pas fermer les yeux, écouter la chanson, compter les bouteilles au-dessus du comptoir, observer la forme des verres,  déchiffrer les affichettes, où subsiste encore ton écho. Créer des leurres, détourner la violence. Faire barrage aux images de Simon qui se forment à toute allure et foncent sur elle par vagues successives, en razzia, les éloigner, à grands coups de lattes si possible. » 

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