Martin Amis

La démocratisation n'est pas toujours une bonne chose
Par Oriane Jeancourt Galignani

martin amis grand entretien
Désigné maître du «nouveau désagréable» par le New York Times, Martin Amis s'emploie dans ses romans et dans la vie à mériter sa réputation. Son dernier roman Lionel Asbo, l'état de l'Angleterre est un concentré de provocation. On l'interroge en tremblant sur son personnage de freak. Toutes griffes rentrées, l'écrivain britannique s'explique sur les thèmes qui fondent son oeuvre, l'obsession de la violence, l'impasse de la libération sexuelle, le déclin de l'Europe. Pour mieux revendiquer son élitisme littéraire.

           Interviewer Martin Amis s'avère plus délicat que d'aligner les justes chiffres à l'Euro Millions. Rares sont ses incartades parisiennes, et même lorsqu'il est là, comme en cette fin de mois de mai, il faut grimper le dénicher dans son perchoir de Gallimard. Nous voilà donc à la porte de l'appartement réservé aux auteurs étrangers à l'arrière de la maison d'édition, attendant après avoir sonné en vain pendant dix minutes que Martin Amis nous ouvre la porte. S'est-il endormi, étendu sur le velours Marie-Antoinette, tête tournée vers un mur de Pléiade ? Pas le genre d'Amis, la somnolence.Plutôt l'art de faire trépigner ses interlocuteurs. Il ouvre enfin, un rien décalé dans ce décor Rivegauche, m'invitant à suivre sa silhouette de danseur du Bolchoï, courte et agile, jusqu'au salon. Je suis prête à affronter un homme dont il est dit depuis trente-cinq ans qu'il est insupportable, qu'il mène ses interviews comme ses parties de tennis, pour vaincre. Et pourquoi se serait-il adouci, le prodige adulé du Londres eighties, le fils du déjà terrible Kingsley Amis à qui il ressemble de plus en plus dans certains jugements radicaux, en intitulant son dernier roman, comme une pierre lancée dans un pare-brise, Lionel Asbo, l'état de l'Angleterre ? Pas de doute, avec Martin Amis, il faut s'attendre à tout, même à ce que, comme Scrooge, un de ses chers personnages de Dickens, il m'accueille par des insultes.

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