Jean-Philippe Toussaint, Yannick Haenel, Tristan Garcia

Trio gagnant, trois grands entretiens
Par Oriane Jeancourt Galignani, Damien Aubel

toussaintDepuis La Salle de bain, paru en 1985, Jean-Philippe Toussaint s'est imposé comme l'un  des grands stylistes français. Entamant il y a onze ans une tétralogie amoureuse, Faire l'amour,  Fuir, La Vérité sur Marie, il la clôt aujourd'hui par Nue. Roman de la renaissance centré,  une nouvelle fois, sur la mystérieuse Marie. Pour Transfuge, il revient sur son oeuvre. 

Un être de fuite, voilà ce qu'est Marie pour Jean-Philippe Toussaint. Ce qu'était  Albertine pour Proust. Approchable et  disparue, contemplée et perdue, poursuivie  et permanente. Jean-Philippe Toussaint  se penche une dernière fois sur son  personnage de Marie dans Nue, ultime volet de la  tétralogie romanesque consacrée à l'histoire d'amour  entre son narrateur et l'héroïne. Dans Faire l'amour  (2002), il la faisait apparaître rageuse, « imprévisible  et fantasque, tuante, incomparable » ; dans Fuir (2005),  elle dépérissait, s'assombrissait ; mais La Vérité sur Marie (2009) la recolorait, la suivait dans le grandiose et cruel mouvement de la femme qui disparaît, pour mieux  revenir. Ce dernier roman accomplit son portrait,  comme un peintre peut achever un visage d'un geste,  et le transformer de fond en comble.

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haenelAvec Les Renards pâles, l'auteur de Jan Karski revient à la fiction contemporaine et nous propose une révolution aussi politique que poétique. On y retrouve les thèmes qui lui sont chers : la désertion, les zones obscures de l'Histoire, la quête d'une nouvelle vie... Son écriture, toujours empreinte de spiritualité, s'est ici radicalisée.

Pour Yannick Haenel, la littérature est affaire de ruptures. On se rappelle le geste d'une radicalité folle sur lequel reposait Cercle : Jean Deichel prenait sans crier gare congé de ce monde, de ses conformismes, de ses asservissements. Les Renards pâles retrouvent Jean Deichel. Loin d'être assagi, bien au contraire, il devient l'acteur, le héraut et le témoin d'une série de renversements sans précédents.

Deichel met d'abord sens dessus dessous toutes les normes qui régissent notre société. Il choisit la dégringolade sociale, le dénuement, une vie à minima, au bord de la clochardisation, dans sa voiture. Deichel, c'est l'homme du refus le plus intransigeant – refus de travailler, refus de voter. Il prend le contrepied de toutes les convenances, renverse toutes les conventions sociales. Sa vie devient une alternance de dérives parisiennes, de saouleries avec des amis d'extrême gauche et de rencontres de hasard. A l'image de la « Reine de Pologne », cette étrange lectrice de Marx croisée à la piscine.

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garciaSurdoué des lettres, Tristan Garcia signe avec Faber son cinquième roman. Le récit d'un trio adolescent dans la province française, une fable mélancolique sur le destin d'une jeunesse dans les années 90.

Il est des esprits singuliers comme des grandes beautés ; pour survivre parmi les hommes, il leur vaut mieux jouer profil bas. De ce destin, Tristan Garcia en a fait un roman : Faber. L'adolescent-idole, sacrifié par les siens, parce qu'il n'a pas voulu leur ressembler. Parce qu'il a cherché à dépasser leur moyenne condition. De qui s'agit-il ? De lui, bien sûr.

Avec sa voix juvénile et ses démonstrations multiréférencées de normalien-philosophe-romancier, Tristan Garcia en agacera plus d'un. Il les remettra en cause, contestera leur suprématie, leur fera sentir, douloureusement, que l'esprit de l'époque est de son côté et non plus du leur. Car Garcia est notre contemporain. Non parce qu'il a trente-deux ans, qu'il aime les séries HBO, la littérature américaine, a grandi avec la conscience du chômage et de la crise, dégaine le même sourire déconfit lorsqu'on évoque la révolution ou le religieux, mais parce qu'il croit, éperdument, à son avenir. Au nôtre.

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