Imre Kertèsz

Par Anonyme

Il avait seulement 15 ans quand il fut déporté à Auschwitz. Toute sa famille disparut dans les camps. Cette terrible expérience a nourri l'oeuvre d'Imre Kertész, prix Nobel de littérature en 2002. Après « Etre sans destin », paru en 1975, un roman largement autobiographique qui suscita de violentes critiques, l'écrivain hongrois se penche à nouveau sur sa propre histoire dans « Dossier K », dont la traduction française sort ce mois-ci. Une sorte de dialogue avec lui-même dans lequel il rend toute sa logique à une vie ponctuée de hasards.


 


IMRE KERTESZ A dit en 2002, lors de son discours devant l'Académie suédoise, « qu'il ne s'est rien passé depuis Auschwitz qui ait annulé Auschwitz, qui ait réfuté Auschwitz ». Kertész est, selon ses propres dires, l'auteur d'un seul thème, la Shoah. Mais avec le sens du paradoxe qui est le sien, il ajoute que tout écrivain est aujourd'hui un écrivain de l'Holocauste. Il ne voit pas dans ce cataclysme « un conflit inextricable entre les Allemands et les Juifs ».  Il  ne considère pas l'extermination des Juifs d'Europe comme un chapitre aux tragédies précédentes. Il ne l'envisage ni comme « un pogrom d'une ampleur plus grande que les autres » ni encore comme les conditions de la fondation d'un Etat juif.

Imre Kertész, né à Budapest, vit à Berlin. Il s'y sentait bien pour écrire, et il y a loué un appartement.

Il a traduit longtemps la littérature allemande en hongrois. Sa vocation littéraire est pour ainsi dire liée

à Berlin. C'est dans cette ville, qui fut jadis la capitale du IIIe Reich, aujourd'hui cosmopolite, qu'il

a ressenti pour la première fois qu'il avait une mission à accomplir en tant qu'écrivain. L'accueil fait à son oeuvre en Allemagne a été très chaleureux. C'est dans ce pays qu'il a commencé à être connu à l'étranger .

Il a éprouvé une sorte de reconnaissance pour la langue allemande, et c'était une raison de plus pour rester. Kertész aime Berlin, il admire sa force vitale, son énergie, sa capacité d'accueil. A propos de l'immense mémorial de l'architecte Peter Eisenman, dédié aux victimes de la Shoah, qui est constitué de 2 711 stèles,  il se demande avec ironie si « la préservation de la mémoire nécessitait autant d'espace».

Et puis Berlin est une ville littéraire, où tant d'écrivains sont venus, comme Kierkegaard, Tolstoï, Kafka, « pour aller, écrit-il dans Les Temps modernes en 2003, vers les autres langues, vers la littérature universelle ».

Imre Kertész a achevé fin 2006 une sorte d'autobiographie, intitulée Dossier K, dont la traduction française vient de sortir chez Actes Sud. Une forme de dialogue avec lui-même entre humour et détachement, dans laquelle il tente de s'approcher de la vérité sur sa vie, sur l'acte d'écrire et sur son absence d'identité juive.





propos recueillis par Myriam Anissimov




Le Grand Entretien n'est pas disponible en ligne


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