Édouard Baer - (Enquête)

Un bourgeois chez les Punks - Enquête -
Par Vincent Jaury et Frédéric Mercier

baerQu'on se le dise : Édouard Baer est de retour et c'est une bonne nouvelle. On l'a vu sur scène lire Un pedigree de Modiano, il prend les rênes de la matinale de Radio Nova et son film Ouvert la nuit, sortira dans les salles en janvier 2017. L'occasion pour Transfuge d'en apprendre un peu plus sur ce feu follet dont on ne savait finalement pas grand-chose tant il est discret. Nous avons rencontré un grand nombre de ses proches pour reconstituer le puzzle d'ombre et de lumières d'un des comédiens les plus drôles de ces deux dernières décennies.

Je suis gare d'Austerlitz. Il est 13H. J'ai toutes mes notes sur mon petit carnet. Beaucoup de notes, beaucoup d'interviews. 15 pages que nous recueillons depuis des semaines avec Vincent. Il fait froid. Et le conducteur braille d'une voix grasse que le train Intercités en direction de Toulouse Matabiau va démarrer. « Attention à la fermeture des portes » , nous prévient la voix de molosse congestionné. Le train desservira les gares d'Argenton-sur-Creuse, Brive-la-Gaillarde, Châteauroux, Gourdon et Limoges, destination de ce voyage. Édouard Baer est dans le train. Comme je l'avais espéré, il est à quelques compartiments de moi, pas trop loin du wagon-restaurant où je l'imagine comme dans ses films, parlant de la qualité des TUCS en compagnie d'un barman travesti. Il est là et je ne peux pas aller le voir, et encore moins l'interviewer.

Avec la comédienne Sabrina Ouazani, Édouard Baer vient présenter son dernier film, son troisième long-métrage, dix ans après Akoibon  et qui sortira en janvier : Ouvert la nuit. Il a beau être dans ce train, impossible d'aller lui parler de son tournage ou de son retour très attendu mais aussi controversé sur Nova, ou encore d'Un pedigree  que j'ai été revoir au théâtre six ans après une première inoubliable. Baer ne veut pas qu'on le rencontre. Pour l'instant, ça l'emmerde. Ok. On ne va donc pas chercher plus loin. C'est trop tôt, ce n'est pas le bon moment. Il a d'autres choses en tête.

Fuite

Je ne vais d'ailleurs pas jouer le fan effarouché ni le paparazzi outré d'être éconduit par Sa Majesté Baer. C'est une évidence que Baer n'aime pas être approché. Baer est coutumier des refus d'interviews. J'appelle un copain de L'Obs  qui me dit essayer lui aussi de l'avoir ;l'interview a déjà été annulée deux fois.

Je reprends les notes des témoignages recueillis parmi les amis, les connaissances du comédien. Le mot « fuite » revient souvent. Baer est obsédé par sa liberté. Son ami et comparse du Centre de visionnage , Gilles Gaston-Dreyfus, m'expliquait qu'il n'avait jamais rencontré quelqu'un qui détestait à ce point les contraintes. Au point d'avoir pris un bureau hors de Canal à l'époque de l'émission à la fin des années 90 pour qu'on lui foute la paix et qu'il puisse garder son indépendance. Une indépendance qui lui vaut des malentendus sinon des inimitiés. Baer a la réputation d'être infidèle. Frédéric Beigbeder, ami de 30 ans, résume : « il apparaît et disparaît.C'est l'histoire de sa vie. Il voit beaucoup quelques personnes, puis s'en détache pour en rencontrer d'autres. Mais je le comprends parfaitement : pourquoi voir les mêmes personnes de sa naissance à sa mort ? C'est pesant, non ? (Oh Édouard va m'appeler pour m'engueuler d'avoir raconté ça,  j'en suis sûr !) »

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