Dans ma tête, j'ai toujours 9 ans

Pour fêter ses 90 ans, le cultissime Jerry Lewis a accepté de s'entretenir de manière exclusive avec Transfuge une heure durant. Retour sur la carrière du zinzin d'Hollywood.
Par JeanPaul Chaillet

jerry lewisOn est forcément un peu ému en ce tout début d'après-midi du 24 août à l'idée de rencontrer celui qui reste pour nombre de fans, le zinzin d'Hollywood. Plus encore alors en voyant arriver Jerry Lewis en chaise roulante, poussé par un assistant attentionné qui l'aide aussitôt à s'installer dans le fauteuil lui ayant été réservé, dans ce coin d'un salon climatisé, au premier étage du Four Seasons de Beverly Hills. Il a eu quatre-vingt-dix ans en mars dernier et il se déplace désormais avec difficulté. On remarque un sonotone discret à l'oreille gauche. Il porte une chemise couleur jonquille, du genre en vogue dans les années 80, sur un chandail assorti, plastronné de losanges gris et blanc. Cheveux encore drus, poivre et sel. Gourmette au poignet droit et chevalières aux auriculaires. Le regard clair d'un bleu vert délavé, où l'on croit discerner par à-coups une lassitude passagère, toujours vite réprimée. Après tout, « the show must go on » , et performer invétéré, il ne saurait faillir à son public.

L'occasion de cette rencontre exceptionnelle, c'est la prochaine sortie en salles aux Etats-Unis de Max Rose,  film signé Daniel Noah, présenté au Festival de Cannes en 2013 avec un montage légèrement différent.

Il y incarne le protagoniste éponyme, musicien de jazz autrefois célèbre, soudain veuf après soixante cinq ans de mariage, qui découvre que son épouse (jouée par Claire Bloom vue en flash-back) l'a sans doute trompé. Ça n'a rien d'une comédie loufoque et Jerry Lewis, hélas trop souvent en pilotage automatique aux mains d'un réalisateur novice, se livre à une prestation un peu forcée, même si par moments inopinément touchante, s'efforçant d'insuffler un pathos hélas bien prévisible dans ce téléfilm peu inspiré.

Qu'importe. Alors on préfère penser à sa carrière. A tous les films, vus et revus, avec lesquels on a grandi. Ceux notamment de sa décade prodigieuse des sixties  où il réalise une dizaine d'opus cultes. Le Dingue du Palace , Le Tombeur de ces dames , Les Tontons farceurs , Ya ya mon général ...et bien sûr Docteur Jerry et Mister Love.  D'autres aussi, parmi les quelques soixante que compte sa filmographie. Un vrai cinglé de cinéma , Cendrillon aux grands pieds , Jerry chez les cinoques  et puis aussi dans un tout autre registre, les plus récents, La Valse des pantins  de Martin Scorsese et Arizona Dream  d'Emir Kusturica...

Forcément on a tous en nous quelque chose de Jerry Lewis. Légende vivante, show man irremplaçable appartenant à une espèce rare en voix d'extinction. On ne lui en voudra pas de sa conversation décousue et parfois disjonctée, des digressions saugrenues, des blagues et des réparties qu'on devine racontées des centaines de fois. Jerry Lewis, de son vrai nom Joseph Levitch, est un vieux pro, au numéro bien rodé depuis plus de soixante dix ans et qui sait ce qu'on attend de lui.

J.P.C : Votre dernier film, Les Drôles de Blackpool, remonte à 1995. Qu'est-ce qui vous a donné l'envie de jouer Max Rose qui marque votre retour à l'écran après une si longue absence ?

J.L. : Des avantages pécuniaires personnels non négligeables ! (S'esclaffant ). On voulait un juif célèbre pour le rôle et on m'a offert un pont d'or. Et j'étais disponible ! Le scénario est arrivé chez moi par FedEx à 16 heures et à 20h30 j'ai appelé Daniel pour dire que j'étais partant. Il m'a dit : « Vous aimez vraiment le script ? »  J'ai répondu : « Non, je le déteste, c'est pour ça que je veux faire le film ! »  (En éclatant de rire ). Si ça avait été une comédie slapstick comme j'en ai tellement fait dans ma carrière, j'aurais refusé. A quoi bon. Ça ne m'aurait pas intéressé, même si je reste très fier de ce que j'ai accompli dans ce genre, comme du fait d'avoir permis à la Paramount d'empocher des milliards de dollars grâce à moi ...

J.P.C : Sur le tournage de Max Rose , vous disiez votre joie de retrouver un plateau !

J.L. : En effet ça a été une expérience merveilleuse avec des partenaires et une équipe formidables. Cela valait la peine d'attendre aussi longtemps. Je me suis même un peu surpris une fois devant la caméra à avoir certaines émotions dont je ne pensais pas être capable. Quand on a tourné comme moi autant de films depuis mes débuts en 1949, lu un nombre incalculable de scénarios, il n'y a pas vraiment à tortiller et on sait très vite à quoi s'en tenir sur la qualité de ce qu'on peut lire. Soit c'est barbant, soit vous accrochez parce que c'est stimulant intellectuellement comme cela a été le cas avec Max Rose . Daniel a accompli un miracle en évitant pas mal de gimmicks. Et quel réconfort d'avoir un film sans tuerie ni violence sanguinolente outrancière, sans tirs de canons anti-chars ni coups de revolvers dans tous les sens. On ne peut pas continuer indéfiniment à massacrer des gens à l'écran et leur arracher les entrailles sous prétexte de divertissement. Ça n'a aucun sens et je déplore que la télévision ait été contaminée et se soit mise à imiter cette tendance déplorable. Pour l'amour de Dieu, il est temps de réagir et changer tout ça. Alors un film comme celui là me donne le sourire et me rend heureux.

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